Paulette Schumacher, « Tati », une avocate dans l’âme

TGI de Mulhouse

Aujourd’hui, 9 janvier, le tribunal de grande instance de Mulhouse a rendu hommage à ses illustres ancêtres en inaugurant des salles à leur nom. L’occasion pour les magistrat-es et les avocat-es présent-es de nous « rassurer » : il me semble hautement improbable que les suffrages de la magistrature française aillent en avril-mai prochains à Nicolas Sarkozy. Le gouvernement actuel ayant réussi à obtenir une réprobation à peine voilée de chacun-e des intervenant-es.
Et le choix des personnes mises à l’honneur du tribunal de Mulhouse n’a pas fait exception. Le tribunal a en effet choisi des justes, et donne l’honneur à la famille Schumacher et à une partie de ses descendant-es, les Goldschmidt, de figurer à leurs côtés.

En effet, si j’étais à Mulhouse, c’est aussi parce que Sandrine voulait assister à cette inauguration au Palais de justice, là où enfant, d’en face où habitait Nelly, sa grand-mère, elle attendait le retour de « la Tati », l’avocate de la famille. Paulette a désormais une salle d’audience à son nom au deuxième étage du tribunal, aux côtés donc, d’illustres mulhousiens : le plus connu d’entre eux, Auguste Scheurer-Kestner, un des rares députés (d’origine alsacienne fut député de Paris en 1875), à avoir pris la défense du capitaine DREYFUS, autre mulhousien juif, et objet de l’erreur judiciaire et du déchaînement de haine antisémite que l’on sait. Il décéda seul, au moment même où Dreyfus était gracié par le président Loubet.

La salle du TGI a quant à elle reçu le nom de Louis LOEW, qui s’est fait remarquer dans deux affaires, une sur l’écroulement d’une banque spéculative, l’autre, encore une fois à propos de l’affaire Dreyfus. Et comment ne pas penser à l’actualité, en écoutant le bâtonnier Sée raconter que les hommes politiques de l’époque avaient dû faire une loi pour réussir à le dessaisir de l’affaire, alors qu’il était président de la chambre criminelle de Paris, estimant qu’il fallait que la justice poursuive ses investigations, les politiques souhaitant eux que Dreyfus soit immédiatement condamné. Malheureusement, ce juste fut honni, mais heureusement, la justice lui donna raison : il fut en effet dessaisi au profit de la cour de cassation, mais celle-ci confirma à l’unanimité son jugement, et lui rendit hommage.

Alors, et Paulette, qui était-elle ?  Si le barreau est assez mixte aujourd’hui,  cela n’a pas toujours été le cas. Ce matin, alors qu’on entendait tous les noms de métier énoncés au masculin, Mme le sous-préfet, Mme le bâtonnier Wilms, Paulette eu l’honneur d’être appelée avocatE par le batônnier Sée qui a évoqué sa mémoire.
Ainsi, Paulette fut,  en 1932, lorsqu’elle prêta serment, la première femme avocate de Mulhouse (première ou seconde, certain-es diront qu’à deux jours près il y en eût une autre avant elle, mais c’est en tout cas ce qui a été dit officiellement ce matin).

A part – à son corps défendant- pendant la guerre où , juive, elle a dû, avec sa famille, fuir l’Alsace bientôt occupée, elle ne quitta plus le barreau.  On peut donc dire qu’elle fut en fonctions du 23 septembre 1932 au 30 juin 2001, quelques jours après ses 90 ans, lorsqu’elle décida de prendre sa retraite.  Elle disait à ses collègues : « ma vocation d’avocat, c’est ma vie » , donnant peu de détails sur le reste. Un an et demi plus tard, en janvier 2003, elle décédait à Pfastatt (banlieue de Mulhouse).

69 ans dans les prétoires, travailleuse infatigable, membre d’organisations caritatives (l’Abri, Bible et culture, les soroptimistes-mouvement féministe), puis doyenne du barreau, elle fut aussi une des premières femmes à obtenir le permis de conduire…

Mariée à 42 ans à Léon Lévy, elle n’eût pas d’enfants, mais elle emmena régulièrement en vacances, avec l’oncle Léon qui disait tellement de blagues, ses neveu et nièces, et reçut toujours avec chaleur et affection ses petites-nièces et petits-neveux.

L'immeuble de Nelly, vue depuis le tribunal

Son parfum, son appartement boulevard de l’Europe, un film au cinéma pendant les fêtes (Jour de fête, de Jacques Tati…justement)le saule-pleureur à son cabinet d’avocate qu’elle partagea plus de 30 ans avec Simone Omeyer, sa surdité sélective, sa façon de mettre les pieds dans le plat,ou les pieds sous la table le midi chez sa soeur Nelly qui habitait à deux pas, avenue Robert Schuman et tout ce qu’elle n’a finalement jamais raconté…elle était vraiment « une avocate dans l’âme », ainsi que l’a dit le bâtonnier Sée…

Aujourd’hui, le président du tribunal s’est dit fier de la justice et de ses représentant-es mulhousiens, les plaçant dans une optique résistante, face aux attaques, tout comme nous fûmes fières d’être là pour entendre encore une fois parler de Paulette Schumacher, dans ce tribunal où elle passa tant d’heures de sa vie…

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4 commentaires pour Paulette Schumacher, « Tati », une avocate dans l’âme

  1. JEA dit :

    Vous avez connaissance de la publicité de ce 9 janvier sur Auschwitz ?
    http://motsaiques2.blogspot.com/2012/01/p-107-auschwitz-notre-infini-desespoir.html

  2. Ping : En colère | Les mots de Melanie

  3. danygold dit :

    Par dela les génération sje partage le ressenti de l’aïeule qui s’exprime si bien ici.

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