« Ce sont nos choix qui montrent ce que nous sommes vraiment »

enfant-luneLe 8 mai 1945, l’Allemagne nazie capitulait, une semaine après la mort d’Hitler.

72 ans plus tard, dans un monde qui décidément ne veut pas donner à la dybbuk, à la sorcière, à la conscience familiale que je suis, de repos, moi, Melanie, qui veut dire « de couleur noire », j’en appelle à la lumière, à chasser les fantômes qui nous menacent, à ne pas laisser Voldemort obscurcir notre monde, et ses détraqueurs aspirer nos âmes.

On ne s’en rend pas compte, mais c’est avec de tous petits excès d’orgueil, de toutes petites erreurs de jugement, qu’on peut, entre vouloir être maître des reliques de la mort, et vouloir empêcher le monde de basculer dans l’obscurité, faire le choix du pire (1).

Le pire, c’est le laisser basculer dans la haine et la violence, sans même l’avoir voulu…parce qu’on se dit que ce n’est quand même pas possible, par ce qu’on ne voudrait pas se salir les mains, ou parce qu’on croirait qu’on a le choix de ne pas le faire. Enfin, parce qu’on croit qu’on pourra être épargné.e par le pire.

L’histoire nous dit le contraire. La haine et la violence, peuvent apporter des privilèges et des avantages à court terme, mais on n’est jamais sûr.e que ça va durer. Et la terreur qui s’installe, peut très bien s’abattre du jour au lendemain sur ceux-là même qui l’ont faite advenir. Et jamais, l’histoire des Mangemorts ou de Voldemort ne finit bien pour eux…que ce soit Néron, Hitler, Staline ou Pol Pot, aucun n’a fini autrement que seul et détesté. Et leurs peuples exsangues.

En revanche, tous les jours, comme le dit Dumbledore à Harry : « Ce sont nos choix qui montrent ce que nous sommes vraiment, beaucoup plus que nos aptitudes. »

Pour le passé et celles et ceux qui ont souffert du pire, pour les enfants, pour les femmes, pour les humains, pour les êtres vivants qui l’habitent, les animaux, les forêts, les rivières, pour les poussières d’atome qui ont créé la beauté, pour l’amour, pour l’avenir,

Dimanche 7 mai, faisons-le choix de la lumière, de la vie, de l’ouverture, du respect, de la dignité, et de l’amour.

Melanie

(1) désolée pour les non-connaisseurs d’Harry Potter, qui se demandent de quoi je parle

(2) tout en allusions, j’espère néanmoins que mon propos vous sera clair.

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Melanie, de couleur noire

Aujourd’hui, c’est mon anniversaire. Alors que le monde entier pleure l’avènement du 45e président des Etats-Unis, Donald Trump, et que les femmes organisent partout dans le monde des manifestations pour manifester leur détermination à ne pas laisser intervenir un « backlash », retour en arrière sur leurs droits, j’ai envie de vous parler de ma naissance.

reichsh2Cela fait déjà 169 ans que je suis venue au monde, à Reichshoffen, dans le Bas-Rhin, en Alsace. Il est important, ce mois de janvier, pour les Reh et leurs descendants. Ma soeur Coralie est née le 7, mon fils Benoît le 8, sa fille Coralie le 8, son petit-fils Daniel le 17, son arrière-petite-fille A. le 28.

Le vendredi 21 janvier 1848 à 2 heures du matin, ma mère Fanny Lewy-Reh m’a mise au monde, très probablement dans la rue Principale, celle où fut dans les années qui suivirent édifiée la nouvelle synagogue (celle qu’on peut encore voir aujourd’hui), comme en attestent les recensements de 1841 et 1851. Jusque là, la synagogue était rue des Juifs, mais n’était plus assez grande (1)

De couleur noire

Mon père, Leopold Reh, maquignon, est allé le même jour déclarer ma naissance à la mairie. Deux témoins, Jacques Loeb (la famille), 31 ans, revendeur, et Joseph Schaller, laboureur, âgé de 44 ans, en attestent auprès de Thierry Héberlé, premier adjoint au maire. Mes parents sont tous deux nés en 1817, ils sont âgés de 30 ans. Mon père est né à Reichshoffen, ma mère à Phalsbourg, à 43 km à l’ouest, en lisière du Parc naturel des Vosges (comme il s’appelle aujourd’hui). Pourquoi m’ont-ils prénommée Melanie ? Chez nous, juifs qu’on dirait aujourd’hui « ashkenaze », on donne les prénoms des grands-parents décédés. Pas de trace de Melanie dans la partie accessible de notre généalogie. De Melanie, on sait que c’est un nom surtout donné à l’époque en Allemagne, et qui signifie : de couleur noire.capture-decran-2017-01-21-a-08-55-26

Ce mois de janvier, c’était un hiver froid, et révolutionnaire. En effet, un mois plus tard, en février, la révolution de 1848 (23, 24, 25 février) allait entraîner l’abdication du roi Louis-Philippe et la naissance de la seconde République.

Evénement  de cette année là, la nomination de Victor Schoelcher à l’Assemblée, qui fait voter le 27 avril l’abolition de l’esclavage en France et dans les colonies. Il était, de par son père, originaire de Fessenheim (Haut-Rhin).

Le Juderumpel
Mais ce qui marque cette période en Alsace, ce n’est pas tant la révolution que les effets des mauvaises récoltes des années précédentes. Et puis aussi, l’antisémitisme était encore très présent. Les Alsaciens non-juifs empruntaient aux juifs (mais il n’étaient pas les seuls) qui pratiquaient l’usure,  des prêts à intérêts faramineux, alors que le prêt bancaire n’existait pas encore…ressentiment face à cette pratique ou façon d’essayer de ne pas payer ses dettes…je vous laisse juges. Des actes antisémites ont lieu dans toute l’Alsace et en particulier dans le Sundgau (au sud de Mulhouse). C’est le « Juderumpel » (Chamboulement juif ).

23On parlera beaucoup du dernier pogrom de l’histoire de France, à Dürmenach  à 30km au sud de Mulhouse, qui a lieu du 29 février au 3 mars.  Alors 75 maisons appartenant à des juifs furent attaquées, provoquant un exode massif. Des tsiganes furent également attaqués. Jusque là, c’était un village où 52% de la population était juive. L’attaque est violente, comme en témoigne ce récit du maire de Bouxwiller, dans une lettre au commissaire de la République du 6 mars : « Vous ne sauriez vous figurer le désastre de Durmenach, plus de cent maisons saccagées de fond en comble, les rues sont jonchées de débris de tous genres. C’est absolument l’image d’un village enlevé de vive force, pris et repris plusieurs fois et où chaque maison aurait soutenu un siège, à voir ces charpentes noircies par la fumée, on croirait qu’elles sont les restes d’un incendie. Les toitures et les murailles semblent attester que la fusillade, des boulets et la mitraille sont passés par là… ».

Heureusement, la garde nationale a été envoyée et les émeutes réprimées. Vous trouverez un récit plus précis de ces événements, qui se déroulaient tout à fait à l’autre bout de l’Alsace par rapport à Reichshoffen, ici :

http://tzundel.chez.com/durmenach/histoire/histoire.htm#1800-1

Tout cela pour vous dire…que l’on parle de Donald Trump, de l’antisémitisme, du racisme contre les personnes de couleur noire, ou des droits des femmes, l’histoire est un éternel recommencement…et trop souvent de l’horreur. Voilà déjà 169 ans que je l’observe, depuis ma position de dybbuk, petite caillou dans les engrenages des cerveaux de mes descendants, la couleur noire du ciel, et le côté obscur des humains…et suis convaincue qu’il faut continuer à faire émerger la lumière et la douceur, par les mots, par la lutte, et par la persévérance…

Melanie

 

(1) au regard des événements rapportant l’antisémitisme d’une partie de la population alsacienne, il est intéressant de lire cet article qui montre l’étonnement d’un responsable administratif sur le fait que la population non-juive de Reichshoffen sur le don de deux maisons de la rue principale (Hauptgasse) pour l’édification de la synagogue, ce qui était rare à l’époque semble-t-il. Source : http://judaisme.sdv.fr/synagog/basrhin/r-z/reichsho/reich2.htm

 

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Et 73 ans plus tard, Alep

img_1641En 2016, je ne vous ai guère écrit. Moi, Melanie, dybbuk morte juste avant l’horreur de la grande guerre, j’ai traversé des épisodes difficiles et continue à errer parmi les vivants. Mais à quoi bon ? Aujourd’hui, 13 décembre 2016 alors que c’est le triste anniversaire de l’arrivée de mon fils et ma petite-fille au camp de Drancy, en 1943, je n’ai plus d’espoir d’un jour pouvoir trouver la paix d’entre les morts. Car en 2016, il semble qu’on est revenu des années en arrière, ces années où tout semble perdu pour l’humanité. Alors, je reste là, avec Sandrine, mon arrière-arrière-petite-fille, et nous écrivons aujourd’hui à 4 mains.

Aujourd’hui même, les rapports venus d’Alep, en Syrie, sont désespérants. Le régime du « boucher Assad », le président syrien, qui bombarde sa population en guerre civile depuis 5 ans (et face, en partie, à des forces obscurantistes, mais pas que), a réussi à reprendre la ville aux rebelles, et massacre à tout va. Le monde entier le sait. Et ne fait rien. Regarde, entend. Et une fois de plus, comme en RDC, comme au Burundi, comme dans les foyers où des enfants sont martyrisés ici en France, l’humanité se meurt…

Pire encore. En 2016, a été élu aux Etats-Unis un homme, Donald Trump, qui soutient Assad et son soutien, Poutine. Qui semble tout près, d’un coup de fil, de provoquer la Chine… Qui semble prêt à tout, pour faire basculer un peu plus le monde dans le chaos. Quant à Poutine, le président russe, il bloque toute intervention internationale pour « imposer la paix » dans ce pays en ruines où les habitants n’ont plus le droit de vivre. Que celui de mourir, ou au mieux, de tenter d’aller en Europe, où l’hostilité indigne à leur encontre monte. Pire encore, aujourd’hui sont favoris à la présidentielle française de 2017, des candidats qui trouvent Poutine et Assad tout à fait respectables.

Nous ne nous livrerons pas à une analyse géopolitique de la situation. Qui sommes-nous pour le faire, et nous n’ajouterons pas notre voix au concert de pseudo-experts… Qui d’ailleurs peut se permettre de dire avec certitude dans ce monde où on nous dit tout et le contraire. La seule chose que nous pouvons, dire avec certitude, c’est que des millions de personnes sont en détresse, menacées de façon imminente de mort, comme il y a 73 ans, et que nous nous sentons totalement impuissants.

Nous, morte-errante et vivante, ne pouvons pas imposer la paix. Nous ne pouvons que faire une chose, tenter de tendre la main à celles et ceux qui nous le demandent, chacunE à notre niveau, auprès des personnes en détresse, victimes de toutes les violences, déplacées, perdues au milieu de ce monde qui semble avoir décidé de tourner à l’envers.

Nous pouvons agir, chacunE à notre niveau, en aidant aux démarches, en apprenant le français, en disant aux personnes que nous rencontrons et qui souffrent, que nous ne les abandonnons pas, même si notre contribution est minime. Nous pouvons refuser de dire des mots qui attisent la haine. Refuser de céder au repli, refuser de construire des murs derrière lesquels nous croyons nous réfugier.

Nous pouvons ouvrir nos coeurs et nos âmes, et agir autour de nous. Dans la limite de nos possibilités. En refusant l’injustice, en écrivant à nos responsables politiques, que ce soit contre les violences faites aux femmes et aux enfants et l’absurdité d’une justice qui demande aux prévenus la contrition hypocrite plutôt qu’une vraie reconnaissance de culpabilité (1)Nous pouvons ouvrir nos coeurs et nos âmes, nous pouvons ouvrir les yeux, nous pouvons oeuvrer pour une éducation bienveillante, pour déjouer la tyrannie du rapport de force dès son origine. Seule, à terme, elle pourrait éviter que le rapport de force soit la loi qui nous gouverne. Nous pouvons ouvrir nos portes, en allant à la rencontre des êtres humains qui sont contraints d’y frapper parce qu’ils « sont dans le malheur », comme l’a dit un jour une femme, une juste, qui a sauvé mon petit-fils et sa famille, un soir de fuite qui suivit la triste litanie des dates sombres de décembre, et leur a ouvert sa porte (2).

Et par ouvrir nos portes, cela ne veut pas dire « accueillir tout le monde chez soi ». Cela veut dire faire, selon ses possibilités, un geste, un pas, une danse, qui nous justifient d’être vivants…(3)

Melanie et Sandrine

(1) Nous parlons bien sûr du cas de Jacqueline Sauvage, qui semble ne pas avoir été libérée parce qu’elle n’a pas su dire « pardon, Messieurs les juges, c’est mal ce que j’ai fait », comme si elles étaient au confessionnal et que le repentir dit -mais pas pensé ? suffisait à être absous…ainsi, au contraire, un homme qui a violé sa belle-fille de 12 ans à 15 reprises, est condamné à 2 ans de prison avec sursis et 8.000 euros de dommages et intérêt. Mais il a beaucoup beaucoup dit qu’il regrettait, alors…

(2) A écouter aussi le discours de l’écrivaine nigériane Chimamanda Ngozi Adichie l’été dernier https://www.youtube.com/watch?v=oj5F5XaLj2E

(3) mots de Charlotte Delbo, survivante d’Auschwitz et grande écrivaine dans « Une connaissance inutile »

« Je vous en supplie

faites quelques chose

apprenez un pas

une danse

quelque chose qui vous justifie

qui vous donne le droit

d’être habillés de votre peau et de votre poil

apprenez à marcher et à rire

parce que ce serait trop bête

à la fin

que tant soient morts

et que vous viviez

sans rien faire de votre vie »

 

https://melaniereh.wordpress.com/2013/12/01/faites-quelque-chose-de-votre-vie/

©tableau et photo Sandrine Goldschmidt

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12 décembre 1916-12 décembre 2016

img_1639Aujourd’hui je reprends le chemin des doigts de mon arrière-arrière-petite-fille  sur le clavier pour vous proposer une pensée pour le centenaire de la naissance de Nelly, née Schumacher, la femme de mon petit-fils Robert.

C’était une sombre époque, où j’errais déjà en fantôme, à travers une Alsace allemande, en pleine première guerre mondiale. Mais ce 12 décembre, c’est une date d’accalmie. Est-ce un hasard ? Alors qu’à Strasbourg naît la petite Nelly, deuxième fille de Henri Schumacher et Fernande Lévy après Paulette, née en juin 1911, ce 12 décembre, les troupes françaises finissent de repousser les troupes allemandes un peu plus à l’ouest : la bataille de Verdun se termine, sa fin sera officielle le 18. La bataille, symbole de la grande guerre, a duré près de 10 mois et causé la mort de 300.000 soldats (français et allemands).

C’est donc une date d’accalmie, aussi, dans l’histoire familiale, que je vous conte tous les ans en décembre. Ses 27 ans, Nelly n’a pas dû les fêter, en 1943, pendant la deuxième guerre mondiale, avec deux enfants en bas âge dont Anny, tout bébé (6 mois). Ce 12 décembre 1943, 3 jours après l’arrestation de son beau-père et sa belle-soeur, Benoît et Coralie, il faut aller se cacher, pour éviter de « se faire prendre ».

czvh1nkwqaebmde-jpg-largePlus tard, beaucoup plus tard, ce 12 décembre sera encore l’occasion d’une dernière réunion de famille autour de son anniversaire, lorsque furent fêtés, pendant les fêtes 1996, ses 80 ans, à Mulhouse, avec toute la famille réunie.

C’était il y a 20 ans, et il faisait un froid glacial, -15° C… un peu plus d’un an plus tard, Nelly quittait les vivants sous la neige d’avril 1998, à Mulhouse…

Aujourd’hui, elle aurait eu 100 ans, l’occasion encore de relire ce portrait que je faisais d’elle ici il y a 5 ans…et de déguster en sa mémoire quelques « Zemmetkuche », les biscuits au beurre qui ont bercé les enfances de mes descendants…

https://melaniereh.wordpress.com/2011/12/11/nelly-nee-schumacher-le-12-decembre-1916/

 

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11 décembre : dépasser la peur et attiser la lumière

 

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Adele, par Gustav Klimt

Je suis morte en 1914. Des fois je me dis que j’ai bien fait. Juste avant la grande boucherie, et avant la Shoah, cette oeuvre raciste de destruction de l’humanité par elle-même, qui n’en a pas fini de nous faire peur.

Aujourd’hui, c’est le score du Front national en France qui me fait peur. Il n’y a pas d’ambiguité : quelle que soit la douleur ou les souffrances personnelles de ceux et celles qui votent pour ce parti, c’est la haine de l’autre, l’idée qu’on va trouver un sens, se sentir moins seuls en leur faisant porter notre incapacité à trouver notre place dans ce monde qui domine; parce qu’ils sont trop juifs, trop arabes, trop noirs, trop femmes, trop roms, trop libres, trop vivants.

En rejetant l’autre, on place en lui, en elle, la responsabilité de ne pas nous trouver nous-mêmes capables de donner du sens à notre existence, de ne pas être capable de vivre à plusieurs, dans notre condition humaine. Nous préférerions sûrement être seul-e, et omnipotent, comme le bébé croit l’être avant de comprendre l’altérité. Etre Dieu, et qu’il n’y ait pas d’autre, parce que nous ne savons pas, nous ne parvenons pas à  vivre ensemble sans dominer, écraser, rejeter.

423280_10200128992296888_1809274864_nJe suis morte, mais je ne suis pas partie. Je vis en l’autre, parce que je veux pouvoir alerter sur l’obscurité qui  nous menace, témoigner de la possibilité de rallumer les lumières. Ce n’est pas étonnant si de Hannoucah à la Révolution française les lumières sont au coeur de nos espoirs. La chaleur du soleil ou des bougies, seules, peuvent réchauffer nos âmes et nos coeurs. Ils ne doivent pas s’éteindre (avant 8 jours et qu’on puisse fabriquer une nouvelle bougie, avant 5 milliards d’années quand le soleil nous abandonnera). La lumière est la source de la vie, quand l’obscurantisme voudrait nous ramener à l’inerte et l’inertie. Des femmes-objets dans les mains et les films des hommes, des enfants dont on détruit la créativité lumineuse, des peuples entiers qu’on voudrait faire disparaître, une planète et tous ses êtres vivants qu’on efface.

Les forces de l’obscurantisme voudraient que plus rien ne change, n’évolue, ne bouge…La rabbin-e Delphine Horvilleur l’explique très bien : lire les textes religieux à la lettre est une folie, c’est contraire à l’esprit de lumière de la pensée et ce qui nous relie, qui demande, toujours à être remise en question, c’est-à-dire à être questionnée en permanence (1).

L’inertie, le refus de toute évolution, l’impossibilité de s’ouvrir à l’autre, c’est contraire au principe de la vie, c’est contraire au principe de ce miracle -qu’on peut penser divin ou né du divin hasard- ça ne regarde que soi- qui a touché notre terre. Ce miracle de la vie sur terre, ce miracle de la possibilité du beau et du bon, nous nous employons à le détruire. Nous détruisons notre planète, nous détruisons les femmes, les enfants nous détruisons jusqu’à la possibilité des Lumières.

64518_10200520862013386_1623686986_nVous le savez, je suis un fantôme, un peu comme ceux qui traversent Poudlard, l’école des sorciers de Harry Potter : je n’ai pas tout à fait disparu, mais je ne suis plus en vie. Si je continue à errer, si je me promène quelque part dans l’inconscient de mon arrière-arrière-petite-fille, c’est pour alerter sur la nécessité de ne pas laisser éteindre la flamme, de ne pas céder à la haine. Ceux qui votent pour le Front national, ceux qui aujourd’hui font du Front national à la place du Front national, ceux qui tuent aveuglément (car ils ne voient plus la lumière) au nom d’une religion qui éteint, n’ont plus que la haine, n’ont plus que l’inertie, n’ont plus que l’absurde en guise de sens.

C’est de cela dont nos descendants ont peur : que la nuit, la nuit s’abatte sur elles, sur eux. Les enfants, les petits-enfants des survivants de la Shoah en particulier, ont peur. Depuis toujours. Ce très joli texte d’une jeune femme en parle si bien, et mon arrière-arrière-petite-fille partage ses impressions : « il exprime des choses, dit-elle, que les enfants et petits-enfants de survivants de la Shoah partagent semble-t-il : cette peur dans nos nuits, cette peur d’avant de dormir, d’être arraché-e-s au sommeil par le bruit des bottes et des fusils ». Une peur réveillée, forcément, le 13 novembre par sa concrétisation à Paris.

Une peur attisée aussi par la seule réponse que de nombreux Français et l’Etat semblent aujourd’hui capables d’apporter, dit encore celle dont j’habite l’esprit : « Je publie ce texte alors que j’ai le sentiment, presque la conviction, que la vague brune, même si on lui fait barrage, dimanche (pour le deuxième tour des élections régionales NDLF) et en 2017, dépasse largement le périmètre du Front national aujourd’hui. » Car elle contamine jusqu’aux décisions du gouvernement (possibilité d’un « guantanamo à la française » ?.

Mais n’ayons pas peur de la peur. L’essentiel, c’est qu’elle ne nous plonge pas dans l’inertie, dans la paralysie, dans l’extinction de la vie en nous. Si cette peur est là, c’est aussi pour pouvoir être exprimée, pour pouvoir alerter. Pour dire que nous refusons l’extinction des lumières, que nous refusons de voir vivre une humanité sans vie, sans chaleur, sans rencontre avec l’autre. Oui enfin, on ne peut qu’avoir peur. C’est en l’exprimant, en l’acceptant, qu’elle peut nous aider à faire face.

A condition de ne pas l’ignorer, nous pouvons dépasser la peur. Et faire vivre la lumière.

Le 11 décembre est d’ailleurs le jour parfait pour cela, je vous renvoie à mon article d’il y a 4 ans.

Melanie

(1) A lire dans : Delphine Horvilleur « Comment les rabbins font les enfants : sexe, transmission, identité dans le judaïsme », Editions Grasset. Elle y explique notamment comment à Pessah, la soirée ne peut commencer sans que les enfants aient posé une question. Et comment, parmi les questions, il est bien qu’il y en ait une qui vienne perturber l’assistance…

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« Et tu n’es pas revenu », avec Marceline

A dire d'elles

10991282_10205801176817956_394205419842315534_nMarceline est revenue d’Auschwitz :

« Je suis l’une des 160 qui vivent encore sur les 2500 qui sont revenus. Nous étions 76.500 juifs de France partis pour Auschwitz-Birkenau. Six millions et demi sont morts dans les camps ».

Marceline est revenue. Comme pour donner raison à son père, dont la « prophétie » dite à Drancy avant le départ rythme le bouleversant livre intime et politique qu’elle vient de publier à 85 ans : « Toi tu reviendras peut-être parce que tu es jeune. Moi je ne reviendrai pas ».

Marceline Loridan-Ivens, née Rozenberg, a survécu à Auschwitz, et c’est peut-être justement grâce à cette prophétie. Ce livre est bel et bien écrit par « celle qui a survécu », portée par l’amour de ce père qui a réussi à lui écrire et faire passer une lettre dans le camp. Une lettre dont elle a oublié presque tous les mots, à part les premiers : « ma petite fille…

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Nos tombes, nos âmes

 

MRJe vous avais un peu laissés, m’étant suffisamment exprimée sur les fantômes qui me parcourent. Pourtant, depuis le début de cette année, ma tranquillité est mise à rude épreuve. Avec l’attentat contre le magasin de Saint-Mandé où moururent 4 hommes parce qu’ils étaient juifs. Avec cette fusillade, à Copenhague, où un abruti de haine semble avoir voulu « reproduire le scenario Charlie » et a tué un homme juif devant une synagogue. Et hier soir, la profanation, la destruction totale, d’un des cimetières juifs d’Alsace, à Sarre-Union dans le Bas-Rhin. Des tombes, cela aurait pu être la mienne, ou celle des mes enfants et proches,  du Bas-Rhin aussi qui aient été détruites. Je sais à quel point symboliquement l’existence de nos tombes est importante. Sans elle, mes descendantEs ne sauraient pas où ni qui je suis, ne connaîtraient pas ma mère et mon père. Sans elle, mon arrière-arrière-petite fille n’aurait pas retrouvé la tombe de ma soeur, ni constaté en quoi elle était différente, ni lu sur elle les secrets complexes de notre histoire. Sans ce cimetière, dont malheureusement aujourd’hui la haine aveugle et depuis toujours dirigée contre nous, les juifs et les juives,  que resterait-il de traces de nos vies, de l’importance de notre communauté décimée pendant la guerre. Quelques synagogues inertes, abandonnées à travers les villages. Ce sont les traces de notre vie, jusque dans la mort, qu’on veut ainsi effacer.

DSCF9522DSCF9483Désespoir de voir la haine aveugle s’en prendre encore et toujours, et sous de nouvelles formes maintenant, aux juifs, jugés responsables des maux du monde, depuis la mort du Christ en passant par les crises économiques ou politiques et sociales d’aujourd’hui et l’association systématique des pires maux à Israël et à tous ceux qui lui sont associés parce que juifs, en particulier au sein des pays musulmans.

DSCF9521Je n’épiloguerai pas sur tout cela, je voulais juste, en hommage aux familles dont les tombes des ancêtres ont été profanées, en hommage à toutes les victimes de la haine, partager les photos de ma tombe et des miens, sans vous dire où elles sont, pour ne pas donner d’idées…encore, et toujours, se cacher…


Capture d’écran 2015-02-16 à 09.01.08 Melanie REH

 

 

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