75 ans après, le 17 décembre

IMG_2793Je ne sais pas si c’est Sandrine qui m’y a emmenée ou moi qui l’ai poussée à y aller, mais nous nous sommes retrouvées ce midi au Memorial de la Shoah à Paris pour la cérémonie de lecture des noms du 75e « anniversaire » du convoi n°63 de Drancy vers Auschwitz. Je ne vais pas vous le re-raconter, juste redire l’émotion d’entendre que 865 humains y partirent, seulement 40 en revinrent (35 hommes, 5 femmes), qu’il y avait 100 enfants dont plusieurs de moins de 1 an…

Que ce convoi du 17 décembre 1943 était une promesse du chef des nazis de Paris à Himmler qui voulait accélérer la déportation des juifs de France fin 1943. Que c’était aussi une conséquence de la capitulation de l’Italie et du départ de Mussolini, qui fit que la France entière -y compris la zone italienne où les juifs n’étaient pas déportés- se retrouva sous contrôle nazi. Alors, Alois Brunner se rua sur la région pour y rafler un maximum de « déportables ».

Le convoi 63 arrive à Auschwitz le 20 décembre 1943 où 233 hommes sont sélectionnés pour les travaux forcés et tatoués des numéros 169735 à 169967. Seulement 112 femmes sont sélectionnées pour les travaux forcés et tatouées des numéros 72323 à 72434. Plus de 500 personnes sont gazées à l’arrivé ou succombent pendant le trajet.

Benoît mon fils en faisait partie, tout comme Coralie ma petite-fille, arrêtés à Grenoble le 9 décembre, arrivés à Drancy le 13 et gazés à leur arrivée à Auschwitz le 20 décembre.

Voici les articles précédents que j’ai écrits sur ce triste jour. Nous pensons toujours à eux.

https://melaniereh.wordpress.com/2013/12/17/70-ans-apres-ceremonie-et-memoire-du-convoi-n63/

https://melaniereh.wordpress.com/2011/12/17/17-decembre-depart-du-convoi-n63-pour-auschwitz/

https://melaniereh.wordpress.com/2017/12/17/dans-le-froid-de-lhiver-aucun-de-nous-ne-reviendra/

 

 

 

 

 

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Triste, encore

Aujourd’hui, moi Melanie, née à 70 km de Strasbourg à Reichshoffen, sur une terre qui a connu la guerre, je suis triste.
Triste parce que la haine a encore frappé, en plein coeur du marché de Noël de Strasbourg, la ville où mon beau-frère Daniel est mort, où Nelly, la belle-fille de mon fils,  qui aurait eu 102 ans aujourd’hui, est née.

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Triste aussi parce qu’un assassin a tiré dans la rue dont mon fils et mes descendant·e·s portent le nom, la « Goldschmidt Gasse », rue des Orfèvres, toute proche de la cathédrale de Strasbourg. Une rue qui porte la trace de la présence des juifs dans cette ville.

Triste enfin parce qu’on n’en finit jamais avec la violence, et que l’hiver s’installe petit à petit, cette année encore…

Que faire d’autre alors que de lancer un appel à la gentillesse, à nous réconforter les un·e·s les autres, à déposer la haine à nos pieds ?

Melanie

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12 jours avant la fin du monde, 13 avant sa renaissance ?

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Moi, Melanie Reh, je vous parle depuis 7 ans aujourd’hui. Il y a 7 ans, je vous disais : « Je suis née il y a 163 ans ».

C’était il y a 7 ans, aujourd’hui, j’ai donc 170 ans. Et je continue d’errer, esprit sans repos, dans la mémoire de mes descendant·e·s et en particulier de mon arrière-arrière petite fille, à qui j’emprunt les doigts pour écrire sur ce clavier. Car elle a hérité de notre histoire et de mon errance, le besoin de défendre les plus vulnérables face à l’oubli, l’invisibilité, et face à la banalité du mal qui nous entoure.

Je vous racontais, le 9 décembre, pourquoi je prenais la parole : « Jeudi 9 décembre 1943, avenue d’Alsace-Lorraine ». Pour raconter, rendre visible, ne pas laisser tomber dans l’oubli, cette histoire intime mais universelle, qui commença un 9 décembre, il y a 75 ans, et qui mena mon fils béni (Benoît Goldschmidt) et ma petite-fille Coralie à la mort à Auschwitz.

En 12 jours, c’est un monde qui sombrait dans l’hiver, de leur arrestation à Grenoble à leur gazage à l’arrivée au camp de la mort. 12 jours qui se terminent en 1943 la veille de Hannoukah, qui commence le 22 décembre 1943, un jour de la renaissance…

Je vous parle depuis 7 ans, espérant que dire, rappeler, aiderait à « réparer » le monde, qu’on irait vers plus de « care ». Et c’est vrai, des choses extraordinaires se sont produites, grâce à ces mots et à internet.

Ainsi, un an après avoir commencé ce blog, un descendant de la famille de mon beau-frère Daniel, m’a contactée. Cela a permis de retrouver la trace de ses frères et soeurs, de nous rappeler qu’ils avaient émigré à la fin du XIXè siècle, lorsque la famille souffrait de la pauvreté, à Cincinatti aux Etats-Unis. Où certains vivent toujours aujourd’hui, et ont ainsi découvert leurs origines juives et franco-alsaciennes.

Cette année, un autre miracle s’est produit. La trace des justes Henri et Amandine Carret nous est revenue par le biais de ce blog, retrouvé par leur petite fille… un lien renoué, et l’occasion de dire encore combien leur gentillesse et leur humanité ont compté.

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lieu supposé de la naissance de Melanie, rue Principale à Reichshoffen,  2018

En revanche, pendant ces 7 dernières années, le combat de la lumière et du néant s’est poursuivi, et n’a pas pris un tour rassurant. Et si la magie d’internet a permis de retisser des liens en faisant réexister l’histoire ici, sur sa place publique, les réseaux sociaux, parfois rien ne semble pouvoir stopper la bêtise et la haine…personne ne s’écoute, la nuance et la modération sont vus comme des compromissions, la gentillesse et l’envie de s’aimer ne sont pas assez « vendeurs ».

 

Alors que la vie sur la planète Terre, semble menacée par l’activité humaine elle-même, l’attrait de la nuit,  semble l’emporter sur l’action pour la vie. Les vieilles rengaines antisémites, racistes, ont repris droit de cité et de banalité. Si les violences subies par les femmes sont aujourd’hui le plus souvent reconnues comme des crimes dans ce pays où je continue à errer, malheureusement certains tentent de limiter cette reconnaissance par un soi-disant « consentement » à la restriction de sa propre liberté. De fait, la marchandisation de la vie, et des êtres qui la portent, femmes et enfants en première ligne, est considérée aujourd’hui par certain·e·s comme primant sur les droits humains fondamentaux, le droit à la dignité et le droit à la vie.

Cela ne durera peut être pas. Peut-être est-ce une crise brutale, qui finira par nous obliger à nous écouter, à entendre la voix des plus vulnérables, à renoncer à vouloir plus, mais surtout plus que son voisin, à renoncer à vouloir transformer ce que nous sommes en produits achetables et vendables au plus offrant, à vouloir posséder l’inerte plutôt que de faire vibrer l’impermanence et la fragilité de nos cordes vitales.

Mais en ce 9 décembre,  premier de ces douze jours d’entrée dans la nuit, je ne peux que partager avec vous ce pessimisme fondamental que j’ai transmis à mon arrière-arrière-petite fille, ce scepticisme sur la conscience humaine. Un pessimisme qui, malgré l’hiver, pourra se transformer en optimisme du quotidien…rendez-vous dans 12 jours.

Melanie

 

 

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Dans le froid de l’hiver, « Aucun de nous ne reviendra »

« Mais il est une gare où ceux là qui arrivent sont justement ceux-là qui partent 
une gare où ceux qui arrivent ne sont jamais arrivés, où ceux qui sont partis ne sont jamais revenus. 
C’est la plus grande gare du monde. 
C’est à cette gare qu’ils arrivent, qu’ils arrivent de n’importe où.
Ils y arrivent après des jours et des nuits »

Charlotte Delbo écrit ceci dans « Aucun de nous ne reviendra », premier livre d’une trilogie « Auschwitz et après », livre écrit à son retour en 1946, mais publié seulement 20 ans plus tard. Le livre indispensable pour celles et ceux qui veulent s’approcher de cette « connaissance inutile » (nom du 2e tome), chef d’oeuvre de la littérature où les mots de Charlotte Delbo transpercent la carapace de l’indicible. Des mots, qui incarnent la vérité, dans un monde où les mots se vident peu à peu de leur sens…

Se souvenir, toujours 

Le 17 décembre 1943, c
‘était le début du voyage vers cette gare pour mon fils Benoît et ma petite-fille Coralie, arrêtés le 9 décembre à Grenoble, passés quelques jours par Drancy, inopportunément arrivés juste avant un départ…vers cette gare du bout du monde.

Départ de Bobigny, 3 jours et 3 nuits non pas vers le « pays des mirabelles », ce qu’a écrit Coralie dans une lettre à sa famille depuis Drancy, mais vers le fond de l’hiver, vers la nuit, vers le gaz qui ne les laissera pas survivre au solstice.

Arbre poèmeChaque année, le 17 décembre, et jusqu’à ce que le 21 soit passé, le froid s’empare de moi, dybbuk sorti depuis plus d’un siècle de son enveloppe charnelle. J’ai la tête qui tourne, alors je fais tourner celle de ma descendante, mon arrière-arrière-petite-fille qui a  bien voulu m’aider à m’exprimer à travers elle. Pendant ces quelques jours, je pense à toutes celles et ceux dont le froid de l’hiver s’empare, et je tente de résister.

Une société qui s’enfonce dans la nuit ?

Victimes de guerres, sans terre, qui voudraient trouver ici dans notre pays un abri, et dont on préfèrerait se débarrasser. Sans abri, qu’aujourd’hui la terre de France abandonne à leur sort et au dévouement de quelques unes et quelques uns qui vont à leur rencontre, palliant l’absence cruelle de la société, de la collectivité, qui ne fait rien pour elles et eux. Précaires, victimes de violence, ou de la prostitution, cette violence extrême qui accompagne toutes les violences, à Drancy aussi (voir cet odieuse prostitution qu’impose Aloïs Brunner à une jeune femme avant le départ du camp dans mon article de 2011, et thème repris dans Casablanca, le film, où le militaire français offre des départs vers l’Amérique à des juives en échange d’une nuit avec elles), toutes et tous aujourd’hui sont les oublié.es de  la traversée de l’hiver.

IMG_7171Un hiver symbolique dans lequel s’enfonce une société qui s’émeut du spectacle construit autour de la réalité, à coup de mots et d’images, pour mieux rendre invisible la réalité.  Une société qui s’enfonce dans la nuit ? On parle ces jours-ci de l’Etat qui envisage de mettre fin à l’hébergement inconditionnel, imposant aux associations, à celles et ceux qui préservent la flamme de la vie au coeur de l’hiver, de donner les noms des personnes sans papiers accueillies en hébergement d’urgence. Alors non seulement cet hébergement est rare, inaccessible, insuffisant, mais il faudrait en plus qu’il ne soit plus un refuge sanctuarisé, même imparfait* ?

S’enfonçant dans la nuit de l’hiver, notre société va-t-elle s’enfoncer, malgré l’enseignement de l’histoire, dans une nouvelle nuit sans solstice, sans fin ? Les uns se complaisant à célébrer des mots vidés de leur sens (solidarité, droits humains, empathie, bienveillance), les autres subissant de plein fouet l’abandon ?

Reste l’espoir d’une renaissance, après l’hiver. Malheureusement, nous ne sommes que le 17 décembre, la sève n’a pas encore commencé à remonter du fond de la terre, et il nous faut patienter encore, et résister, toujours…

Melanie

A lire :

*refuges imparfaits, pour les femmes notamment, que les réseaux de prostitution vont chercher là où ils savent que survivent des femmes précaires, proies idéales pour eux.

PS / j’apprends aujourd’hui qu’en Autriche l’extrême-droite obtient trois ministères, et sombre un peu plus dans l’hiver…

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« Ce sont nos choix qui montrent ce que nous sommes vraiment »

enfant-luneLe 8 mai 1945, l’Allemagne nazie capitulait, une semaine après la mort d’Hitler.

72 ans plus tard, dans un monde qui décidément ne veut pas donner à la dybbuk, à la sorcière, à la conscience familiale que je suis, de repos, moi, Melanie, qui veut dire « de couleur noire », j’en appelle à la lumière, à chasser les fantômes qui nous menacent, à ne pas laisser Voldemort obscurcir notre monde, et ses détraqueurs aspirer nos âmes.

On ne s’en rend pas compte, mais c’est avec de tous petits excès d’orgueil, de toutes petites erreurs de jugement, qu’on peut, entre vouloir être maître des reliques de la mort, et vouloir empêcher le monde de basculer dans l’obscurité, faire le choix du pire (1).

Le pire, c’est le laisser basculer dans la haine et la violence, sans même l’avoir voulu…parce qu’on se dit que ce n’est quand même pas possible, par ce qu’on ne voudrait pas se salir les mains, ou parce qu’on croirait qu’on a le choix de ne pas le faire. Enfin, parce qu’on croit qu’on pourra être épargné.e par le pire.

L’histoire nous dit le contraire. La haine et la violence, peuvent apporter des privilèges et des avantages à court terme, mais on n’est jamais sûr.e que ça va durer. Et la terreur qui s’installe, peut très bien s’abattre du jour au lendemain sur ceux-là même qui l’ont faite advenir. Et jamais, l’histoire des Mangemorts ou de Voldemort ne finit bien pour eux…que ce soit Néron, Hitler, Staline ou Pol Pot, aucun n’a fini autrement que seul et détesté. Et leurs peuples exsangues.

En revanche, tous les jours, comme le dit Dumbledore à Harry : « Ce sont nos choix qui montrent ce que nous sommes vraiment, beaucoup plus que nos aptitudes. »

Pour le passé et celles et ceux qui ont souffert du pire, pour les enfants, pour les femmes, pour les humains, pour les êtres vivants qui l’habitent, les animaux, les forêts, les rivières, pour les poussières d’atome qui ont créé la beauté, pour l’amour, pour l’avenir,

Dimanche 7 mai, faisons-le choix de la lumière, de la vie, de l’ouverture, du respect, de la dignité, et de l’amour.

Melanie

(1) désolée pour les non-connaisseurs d’Harry Potter, qui se demandent de quoi je parle

(2) tout en allusions, j’espère néanmoins que mon propos vous sera clair.

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Melanie, de couleur noire

Aujourd’hui, c’est mon anniversaire. Alors que le monde entier pleure l’avènement du 45e président des Etats-Unis, Donald Trump, et que les femmes organisent partout dans le monde des manifestations pour manifester leur détermination à ne pas laisser intervenir un « backlash », retour en arrière sur leurs droits, j’ai envie de vous parler de ma naissance.

reichsh2Cela fait déjà 169 ans que je suis venue au monde, à Reichshoffen, dans le Bas-Rhin, en Alsace. Il est important, ce mois de janvier, pour les Reh et leurs descendants. Ma soeur Coralie est née le 7, mon fils Benoît le 8, sa fille Coralie le 8, son petit-fils Daniel le 17, son arrière-petite-fille A. le 28.

Le vendredi 21 janvier 1848 à 2 heures du matin, ma mère Fanny Lewy-Reh m’a mise au monde, très probablement dans la rue Principale, celle où fut dans les années qui suivirent édifiée la nouvelle synagogue (celle qu’on peut encore voir aujourd’hui), comme en attestent les recensements de 1841 et 1851. Jusque là, la synagogue était rue des Juifs, mais n’était plus assez grande (1)

De couleur noire

Mon père, Leopold Reh, maquignon, est allé le même jour déclarer ma naissance à la mairie. Deux témoins, Jacques Loeb (la famille), 31 ans, revendeur, et Joseph Schaller, laboureur, âgé de 44 ans, en attestent auprès de Thierry Héberlé, premier adjoint au maire. Mes parents sont tous deux nés en 1817, ils sont âgés de 30 ans. Mon père est né à Reichshoffen, ma mère à Phalsbourg, à 43 km à l’ouest, en lisière du Parc naturel des Vosges (comme il s’appelle aujourd’hui). Pourquoi m’ont-ils prénommée Melanie ? Chez nous, juifs qu’on dirait aujourd’hui « ashkenaze », on donne les prénoms des grands-parents décédés. Pas de trace de Melanie dans la partie accessible de notre généalogie. De Melanie, on sait que c’est un nom surtout donné à l’époque en Allemagne, et qui signifie : de couleur noire.capture-decran-2017-01-21-a-08-55-26

Ce mois de janvier, c’était un hiver froid, et révolutionnaire. En effet, un mois plus tard, en février, la révolution de 1848 (23, 24, 25 février) allait entraîner l’abdication du roi Louis-Philippe et la naissance de la seconde République.

Evénement  de cette année là, la nomination de Victor Schoelcher à l’Assemblée, qui fait voter le 27 avril l’abolition de l’esclavage en France et dans les colonies. Il était, de par son père, originaire de Fessenheim (Haut-Rhin).

Le Juderumpel
Mais ce qui marque cette période en Alsace, ce n’est pas tant la révolution que les effets des mauvaises récoltes des années précédentes. Et puis aussi, l’antisémitisme était encore très présent. Les Alsaciens non-juifs empruntaient aux juifs (mais il n’étaient pas les seuls) qui pratiquaient l’usure,  des prêts à intérêts faramineux, alors que le prêt bancaire n’existait pas encore…ressentiment face à cette pratique ou façon d’essayer de ne pas payer ses dettes…je vous laisse juges. Des actes antisémites ont lieu dans toute l’Alsace et en particulier dans le Sundgau (au sud de Mulhouse). C’est le « Juderumpel » (Chamboulement juif ).

23On parlera beaucoup du dernier pogrom de l’histoire de France, à Dürmenach  à 30km au sud de Mulhouse, qui a lieu du 29 février au 3 mars.  Alors 75 maisons appartenant à des juifs furent attaquées, provoquant un exode massif. Des tsiganes furent également attaqués. Jusque là, c’était un village où 52% de la population était juive. L’attaque est violente, comme en témoigne ce récit du maire de Bouxwiller, dans une lettre au commissaire de la République du 6 mars : « Vous ne sauriez vous figurer le désastre de Durmenach, plus de cent maisons saccagées de fond en comble, les rues sont jonchées de débris de tous genres. C’est absolument l’image d’un village enlevé de vive force, pris et repris plusieurs fois et où chaque maison aurait soutenu un siège, à voir ces charpentes noircies par la fumée, on croirait qu’elles sont les restes d’un incendie. Les toitures et les murailles semblent attester que la fusillade, des boulets et la mitraille sont passés par là… ».

Heureusement, la garde nationale a été envoyée et les émeutes réprimées. Vous trouverez un récit plus précis de ces événements, qui se déroulaient tout à fait à l’autre bout de l’Alsace par rapport à Reichshoffen, ici :

http://tzundel.chez.com/durmenach/histoire/histoire.htm#1800-1

Tout cela pour vous dire…que l’on parle de Donald Trump, de l’antisémitisme, du racisme contre les personnes de couleur noire, ou des droits des femmes, l’histoire est un éternel recommencement…et trop souvent de l’horreur. Voilà déjà 169 ans que je l’observe, depuis ma position de dybbuk, petite caillou dans les engrenages des cerveaux de mes descendants, la couleur noire du ciel, et le côté obscur des humains…et suis convaincue qu’il faut continuer à faire émerger la lumière et la douceur, par les mots, par la lutte, et par la persévérance…

Melanie

 

(1) au regard des événements rapportant l’antisémitisme d’une partie de la population alsacienne, il est intéressant de lire cet article qui montre l’étonnement d’un responsable administratif sur le fait que la population non-juive de Reichshoffen sur le don de deux maisons de la rue principale (Hauptgasse) pour l’édification de la synagogue, ce qui était rare à l’époque semble-t-il. Source : http://judaisme.sdv.fr/synagog/basrhin/r-z/reichsho/reich2.htm

 

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Et 73 ans plus tard, Alep

img_1641En 2016, je ne vous ai guère écrit. Moi, Melanie, dybbuk morte juste avant l’horreur de la grande guerre, j’ai traversé des épisodes difficiles et continue à errer parmi les vivants. Mais à quoi bon ? Aujourd’hui, 13 décembre 2016 alors que c’est le triste anniversaire de l’arrivée de mon fils et ma petite-fille au camp de Drancy, en 1943, je n’ai plus d’espoir d’un jour pouvoir trouver la paix d’entre les morts. Car en 2016, il semble qu’on est revenu des années en arrière, ces années où tout semble perdu pour l’humanité. Alors, je reste là, avec Sandrine, mon arrière-arrière-petite-fille, et nous écrivons aujourd’hui à 4 mains.

Aujourd’hui même, les rapports venus d’Alep, en Syrie, sont désespérants. Le régime du « boucher Assad », le président syrien, qui bombarde sa population en guerre civile depuis 5 ans (et face, en partie, à des forces obscurantistes, mais pas que), a réussi à reprendre la ville aux rebelles, et massacre à tout va. Le monde entier le sait. Et ne fait rien. Regarde, entend. Et une fois de plus, comme en RDC, comme au Burundi, comme dans les foyers où des enfants sont martyrisés ici en France, l’humanité se meurt…

Pire encore. En 2016, a été élu aux Etats-Unis un homme, Donald Trump, qui soutient Assad et son soutien, Poutine. Qui semble tout près, d’un coup de fil, de provoquer la Chine… Qui semble prêt à tout, pour faire basculer un peu plus le monde dans le chaos. Quant à Poutine, le président russe, il bloque toute intervention internationale pour « imposer la paix » dans ce pays en ruines où les habitants n’ont plus le droit de vivre. Que celui de mourir, ou au mieux, de tenter d’aller en Europe, où l’hostilité indigne à leur encontre monte. Pire encore, aujourd’hui sont favoris à la présidentielle française de 2017, des candidats qui trouvent Poutine et Assad tout à fait respectables.

Nous ne nous livrerons pas à une analyse géopolitique de la situation. Qui sommes-nous pour le faire, et nous n’ajouterons pas notre voix au concert de pseudo-experts… Qui d’ailleurs peut se permettre de dire avec certitude dans ce monde où on nous dit tout et le contraire. La seule chose que nous pouvons, dire avec certitude, c’est que des millions de personnes sont en détresse, menacées de façon imminente de mort, comme il y a 73 ans, et que nous nous sentons totalement impuissants.

Nous, morte-errante et vivante, ne pouvons pas imposer la paix. Nous ne pouvons que faire une chose, tenter de tendre la main à celles et ceux qui nous le demandent, chacunE à notre niveau, auprès des personnes en détresse, victimes de toutes les violences, déplacées, perdues au milieu de ce monde qui semble avoir décidé de tourner à l’envers.

Nous pouvons agir, chacunE à notre niveau, en aidant aux démarches, en apprenant le français, en disant aux personnes que nous rencontrons et qui souffrent, que nous ne les abandonnons pas, même si notre contribution est minime. Nous pouvons refuser de dire des mots qui attisent la haine. Refuser de céder au repli, refuser de construire des murs derrière lesquels nous croyons nous réfugier.

Nous pouvons ouvrir nos coeurs et nos âmes, et agir autour de nous. Dans la limite de nos possibilités. En refusant l’injustice, en écrivant à nos responsables politiques, que ce soit contre les violences faites aux femmes et aux enfants et l’absurdité d’une justice qui demande aux prévenus la contrition hypocrite plutôt qu’une vraie reconnaissance de culpabilité (1)Nous pouvons ouvrir nos coeurs et nos âmes, nous pouvons ouvrir les yeux, nous pouvons oeuvrer pour une éducation bienveillante, pour déjouer la tyrannie du rapport de force dès son origine. Seule, à terme, elle pourrait éviter que le rapport de force soit la loi qui nous gouverne. Nous pouvons ouvrir nos portes, en allant à la rencontre des êtres humains qui sont contraints d’y frapper parce qu’ils « sont dans le malheur », comme l’a dit un jour une femme, une juste, qui a sauvé mon petit-fils et sa famille, un soir de fuite qui suivit la triste litanie des dates sombres de décembre, et leur a ouvert sa porte (2).

Et par ouvrir nos portes, cela ne veut pas dire « accueillir tout le monde chez soi ». Cela veut dire faire, selon ses possibilités, un geste, un pas, une danse, qui nous justifient d’être vivants…(3)

Melanie et Sandrine

(1) Nous parlons bien sûr du cas de Jacqueline Sauvage, qui semble ne pas avoir été libérée parce qu’elle n’a pas su dire « pardon, Messieurs les juges, c’est mal ce que j’ai fait », comme si elles étaient au confessionnal et que le repentir dit -mais pas pensé ? suffisait à être absous…ainsi, au contraire, un homme qui a violé sa belle-fille de 12 ans à 15 reprises, est condamné à 2 ans de prison avec sursis et 8.000 euros de dommages et intérêt. Mais il a beaucoup beaucoup dit qu’il regrettait, alors…

(2) A écouter aussi le discours de l’écrivaine nigériane Chimamanda Ngozi Adichie l’été dernier https://www.youtube.com/watch?v=oj5F5XaLj2E

(3) mots de Charlotte Delbo, survivante d’Auschwitz et grande écrivaine dans « Une connaissance inutile »

« Je vous en supplie

faites quelques chose

apprenez un pas

une danse

quelque chose qui vous justifie

qui vous donne le droit

d’être habillés de votre peau et de votre poil

apprenez à marcher et à rire

parce que ce serait trop bête

à la fin

que tant soient morts

et que vous viviez

sans rien faire de votre vie »

 

https://melaniereh.wordpress.com/2013/12/01/faites-quelque-chose-de-votre-vie/

©tableau et photo Sandrine Goldschmidt

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