12 jours avant la fin du monde, 13 avant sa renaissance ?

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Moi, Melanie Reh, je vous parle depuis 7 ans aujourd’hui. Il y a 7 ans, je vous disais : « Je suis née il y a 163 ans ».

C’était il y a 7 ans, aujourd’hui, j’ai donc 170 ans. Et je continue d’errer, esprit sans repos, dans la mémoire de mes descendant·e·s et en particulier de mon arrière-arrière petite fille, à qui j’emprunt les doigts pour écrire sur ce clavier. Car elle a hérité de notre histoire et de mon errance, le besoin de défendre les plus vulnérables face à l’oubli, l’invisibilité, et face à la banalité du mal qui nous entoure.

Je vous racontais, le 9 décembre, pourquoi je prenais la parole : « Jeudi 9 décembre 1943, avenue d’Alsace-Lorraine ». Pour raconter, rendre visible, ne pas laisser tomber dans l’oubli, cette histoire intime mais universelle, qui commença un 9 décembre, il y a 75 ans, et qui mena mon fils béni (Benoît Goldschmidt) et ma petite-fille Coralie à la mort à Auschwitz.

En 12 jours, c’est un monde qui sombrait dans l’hiver, de leur arrestation à Grenoble à leur gazage à l’arrivée au camp de la mort. 12 jours qui se terminent en 1943 la veille de Hannoukah, qui commence le 22 décembre 1943, un jour de la renaissance…

Je vous parle depuis 7 ans, espérant que dire, rappeler, aiderait à « réparer » le monde, qu’on irait vers plus de « care ». Et c’est vrai, des choses extraordinaires se sont produites, grâce à ces mots et à internet.

Ainsi, un an après avoir commencé ce blog, un descendant de la famille de mon beau-frère Daniel, m’a contactée. Cela a permis de retrouver la trace de ses frères et soeurs, de nous rappeler qu’ils avaient émigré à la fin du XIXè siècle, lorsque la famille souffrait de la pauvreté, à Cincinatti aux Etats-Unis. Où certains vivent toujours aujourd’hui, et ont ainsi découvert leurs origines juives et franco-alsaciennes.

Cette année, un autre miracle s’est produit. La trace des justes Henri et Amandine Carret nous est revenue par le biais de ce blog, retrouvé par leur petite fille… un lien renoué, et l’occasion de dire encore combien leur gentillesse et leur humanité ont compté.

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lieu supposé de la naissance de Melanie, rue Principale à Reichshoffen,  2018

En revanche, pendant ces 7 dernières années, le combat de la lumière et du néant s’est poursuivi, et n’a pas pris un tour rassurant. Et si la magie d’internet a permis de retisser des liens en faisant réexister l’histoire ici, sur sa place publique, les réseaux sociaux, parfois rien ne semble pouvoir stopper la bêtise et la haine…personne ne s’écoute, la nuance et la modération sont vus comme des compromissions, la gentillesse et l’envie de s’aimer ne sont pas assez « vendeurs ».

 

Alors que la vie sur la planète Terre, semble menacée par l’activité humaine elle-même, l’attrait de la nuit,  semble l’emporter sur l’action pour la vie. Les vieilles rengaines antisémites, racistes, ont repris droit de cité et de banalité. Si les violences subies par les femmes sont aujourd’hui le plus souvent reconnues comme des crimes dans ce pays où je continue à errer, malheureusement certains tentent de limiter cette reconnaissance par un soi-disant « consentement » à la restriction de sa propre liberté. De fait, la marchandisation de la vie, et des êtres qui la portent, femmes et enfants en première ligne, est considérée aujourd’hui par certain·e·s comme primant sur les droits humains fondamentaux, le droit à la dignité et le droit à la vie.

Cela ne durera peut être pas. Peut-être est-ce une crise brutale, qui finira par nous obliger à nous écouter, à entendre la voix des plus vulnérables, à renoncer à vouloir plus, mais surtout plus que son voisin, à renoncer à vouloir transformer ce que nous sommes en produits achetables et vendables au plus offrant, à vouloir posséder l’inerte plutôt que de faire vibrer l’impermanence et la fragilité de nos cordes vitales.

Mais en ce 9 décembre,  premier de ces douze jours d’entrée dans la nuit, je ne peux que partager avec vous ce pessimisme fondamental que j’ai transmis à mon arrière-arrière-petite fille, ce scepticisme sur la conscience humaine. Un pessimisme qui, malgré l’hiver, pourra se transformer en optimisme du quotidien…rendez-vous dans 12 jours.

Melanie

 

 

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