Et 73 ans plus tard, Alep

img_1641En 2016, je ne vous ai guère écrit. Moi, Melanie, dybbuk morte juste avant l’horreur de la grande guerre, j’ai traversé des épisodes difficiles et continue à errer parmi les vivants. Mais à quoi bon ? Aujourd’hui, 13 décembre 2016 alors que c’est le triste anniversaire de l’arrivée de mon fils et ma petite-fille au camp de Drancy, en 1943, je n’ai plus d’espoir d’un jour pouvoir trouver la paix d’entre les morts. Car en 2016, il semble qu’on est revenu des années en arrière, ces années où tout semble perdu pour l’humanité. Alors, je reste là, avec Sandrine, mon arrière-arrière-petite-fille, et nous écrivons aujourd’hui à 4 mains.

Aujourd’hui même, les rapports venus d’Alep, en Syrie, sont désespérants. Le régime du « boucher Assad », le président syrien, qui bombarde sa population en guerre civile depuis 5 ans (et face, en partie, à des forces obscurantistes, mais pas que), a réussi à reprendre la ville aux rebelles, et massacre à tout va. Le monde entier le sait. Et ne fait rien. Regarde, entend. Et une fois de plus, comme en RDC, comme au Burundi, comme dans les foyers où des enfants sont martyrisés ici en France, l’humanité se meurt…

Pire encore. En 2016, a été élu aux Etats-Unis un homme, Donald Trump, qui soutient Assad et son soutien, Poutine. Qui semble tout près, d’un coup de fil, de provoquer la Chine… Qui semble prêt à tout, pour faire basculer un peu plus le monde dans le chaos. Quant à Poutine, le président russe, il bloque toute intervention internationale pour « imposer la paix » dans ce pays en ruines où les habitants n’ont plus le droit de vivre. Que celui de mourir, ou au mieux, de tenter d’aller en Europe, où l’hostilité indigne à leur encontre monte. Pire encore, aujourd’hui sont favoris à la présidentielle française de 2017, des candidats qui trouvent Poutine et Assad tout à fait respectables.

Nous ne nous livrerons pas à une analyse géopolitique de la situation. Qui sommes-nous pour le faire, et nous n’ajouterons pas notre voix au concert de pseudo-experts… Qui d’ailleurs peut se permettre de dire avec certitude dans ce monde où on nous dit tout et le contraire. La seule chose que nous pouvons, dire avec certitude, c’est que des millions de personnes sont en détresse, menacées de façon imminente de mort, comme il y a 73 ans, et que nous nous sentons totalement impuissants.

Nous, morte-errante et vivante, ne pouvons pas imposer la paix. Nous ne pouvons que faire une chose, tenter de tendre la main à celles et ceux qui nous le demandent, chacunE à notre niveau, auprès des personnes en détresse, victimes de toutes les violences, déplacées, perdues au milieu de ce monde qui semble avoir décidé de tourner à l’envers.

Nous pouvons agir, chacunE à notre niveau, en aidant aux démarches, en apprenant le français, en disant aux personnes que nous rencontrons et qui souffrent, que nous ne les abandonnons pas, même si notre contribution est minime. Nous pouvons refuser de dire des mots qui attisent la haine. Refuser de céder au repli, refuser de construire des murs derrière lesquels nous croyons nous réfugier.

Nous pouvons ouvrir nos coeurs et nos âmes, et agir autour de nous. Dans la limite de nos possibilités. En refusant l’injustice, en écrivant à nos responsables politiques, que ce soit contre les violences faites aux femmes et aux enfants et l’absurdité d’une justice qui demande aux prévenus la contrition hypocrite plutôt qu’une vraie reconnaissance de culpabilité (1)Nous pouvons ouvrir nos coeurs et nos âmes, nous pouvons ouvrir les yeux, nous pouvons oeuvrer pour une éducation bienveillante, pour déjouer la tyrannie du rapport de force dès son origine. Seule, à terme, elle pourrait éviter que le rapport de force soit la loi qui nous gouverne. Nous pouvons ouvrir nos portes, en allant à la rencontre des êtres humains qui sont contraints d’y frapper parce qu’ils « sont dans le malheur », comme l’a dit un jour une femme, une juste, qui a sauvé mon petit-fils et sa famille, un soir de fuite qui suivit la triste litanie des dates sombres de décembre, et leur a ouvert sa porte (2).

Et par ouvrir nos portes, cela ne veut pas dire « accueillir tout le monde chez soi ». Cela veut dire faire, selon ses possibilités, un geste, un pas, une danse, qui nous justifient d’être vivants…(3)

Melanie et Sandrine

(1) Nous parlons bien sûr du cas de Jacqueline Sauvage, qui semble ne pas avoir été libérée parce qu’elle n’a pas su dire « pardon, Messieurs les juges, c’est mal ce que j’ai fait », comme si elles étaient au confessionnal et que le repentir dit -mais pas pensé ? suffisait à être absous…ainsi, au contraire, un homme qui a violé sa belle-fille de 12 ans à 15 reprises, est condamné à 2 ans de prison avec sursis et 8.000 euros de dommages et intérêt. Mais il a beaucoup beaucoup dit qu’il regrettait, alors…

(2) A écouter aussi le discours de l’écrivaine nigériane Chimamanda Ngozi Adichie l’été dernier https://www.youtube.com/watch?v=oj5F5XaLj2E

(3) mots de Charlotte Delbo, survivante d’Auschwitz et grande écrivaine dans « Une connaissance inutile »

« Je vous en supplie

faites quelques chose

apprenez un pas

une danse

quelque chose qui vous justifie

qui vous donne le droit

d’être habillés de votre peau et de votre poil

apprenez à marcher et à rire

parce que ce serait trop bête

à la fin

que tant soient morts

et que vous viviez

sans rien faire de votre vie »

 

https://melaniereh.wordpress.com/2013/12/01/faites-quelque-chose-de-votre-vie/

©tableau et photo Sandrine Goldschmidt

Publicités
Cet article, publié dans crimes contre l'humanité, Déportation, justes, est tagué , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Et 73 ans plus tard, Alep

  1. sandrine70 dit :

    A reblogué ceci sur A dire d'elleset a ajouté:

    Aujourd’hui, Melanie et moi avons écrit à 4 mains. Pour #Alep.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s