70 ans après, cérémonie et mémoire du convoi n°63

shoah1L’histoire, vous en connaissez déjà les grandes lignes. Mon fils et sa fille arrêtés le 9 décembre 1943 à Grenoble, arrivés à Drancy le 13, la lettre de Coralie le 16 et le départ du convoi le 17. Il arrivera pour les mener directement à l’assassinat dans les chambres à gaz le 21 décembre à Auschwitz.

Aujourd’hui, je suis allée avec Sandrine au Mémorial de la Shoah à Paris où était organisée une cérémonie de lecture des noms pour les 70 ans du départ du convoi. Il y avait Serge Klarsfeld, qui nous a appris que le convoi n°63 partit ce triste vendredi à 12h10.

Le n°63 qui partit d’ailleurs après le n°64 du 7 décembre, parce que les nazis s’étaient trompés dans le compte et voulaient rattraper leur erreur administrative….

shoah2Fin 1943, c’était une période où l’administration française ayant senti le vent tourner (chute de Mussolini, Stalingrad, défaite de Rommel), mettait moins de zèle à arrêter des juifs qu’en 1942 (quand Bousquet avait autorisé la police française à rafler les juifs, avec le Vel d’Hiv, etc.). Pétain d’ailleurs ne ratifia pas la loi autorisant la dénaturalisation des juifs…in extremis après que Laval se fut déclaré (au bruit des dernières nouvelles du front) incompétent. Pétain lui, demanda à un évêque catholique, qui s’y montra défavorable pour la seconde année consécutive.

La police française alors continua à ne pas arrêter les juifs français, et la Gestapo se retrouva seule pour presque toutes les arrestations; pour 3/4 en province en ce dernier trimestre 1943 où partirent 5 convois : le 7 octobre, 28 octobre (dates de naissance de membres de la famille, et toujours ces coïncidences), 20 novembre, 7 décembre et 17 décembre.

Aujourd’hui à la cérémonie, nous avons rencontré une dame de Strasbourg, petite-fille d’un homme de 52 ans qui partit aussi ce 17 décembre 1943. Lui est probablement mort sur la route, à Augsburg, comme l’indique un document trouvé récemment par sa petite-fille. Lui, c’est certainement la police française qui l’a arrêté : son grand-père fut en effet seul interpellé à Joinville-le-Pont (oui, à côté de chez nous!), alors que sa grand-mère fut épargnée en raison de sa nationalité alsacienne.

Tout cela pour vous donner le contexte d’un lugubre décompte : s’il n’y eût que 853 déportés dans ce convoi, c’est parce que les nazis avaient du mal, en « petite équipe », à arrêter suffisamment de juifs et juives pour atteindre les 1.000 « requis » par leur manie statistique. Pour « alimenter » les convois, comme le dit Klarsfeld, funestes mots des agresseurs…

shoah3500 hommes, 350 femmes, et parmi ces hommes et femmes 100 enfants !
Et pendant la cérémonie commença alors la triste litanie des noms. Ces noms, si nombreux, cette liste interminable, ces noms d’enfants, 5 mois, 9mois, 11 mois, 1 an, 4 ans, 15 ans…

Et le défilé pour la lecture de leurs descendants venus rappeler leur mémoire : parfois, souvent, leurs propres enfants, dont la voix peine à ne pas se briser là, au pupitre, 70 ans après. Petits-enfants, petites nièces et petits neveux, et seulement deux de la génération d »encore après, Sandrine et un jeune homme.

A l’arrivée à Auschwitz, 233 hommes et 112 femmes furent envoyés aux baraquements pour le travail, les autres, environ 230 femmes et 260 hommes (environ, car on ne sait pas combien exactement arrivèrent vivants à destination) furent envoyés directement vers les chambres à gaz. Au total en 1945, seuls 5 femmes et 31 hommes revinrent en France.

SurvivantEs, certains eurent des enfants, comme Camille Touboule, déportée à 22 ans, qui survécut aux « marches de la mort » à la fin de la guerre, morte en 2001 à 90 ans, après avoir eu 4 enfants et témoigné toute sa vie durant dans les collèges et lycées. Elle a livré un récit de sa vie dans « Le plus long des chemins.

Dans le convoi, il y avait aussi un certain Casimir Oberfeld, compositeur d’origine polonaise, qui a écrit la musique de deux chansons très connues  « Félicie aussi » et « Paris sera toujours Paris », mais aussi d’une musique d’opérette, dont on dit que malheureusement, elle a servi d’inspiration pour l’air de « Maréchal, nous voilà »…Il mourut en janvier 1945 dans le camp d’Auschwitz, juste avant sa libération.

Quant à Benoît et Coralie, on sait que ce 17 décembre ils entamaient le chemin vers la chambre à gaz. Mon arrière-arrière-petite-fille Sandrine a lu leur nom ce mardi, et n’a  d’ailleurs pas pu s’empêcher de dire leurs 2 noms ensemble, l’un après l’autre : Benoît Goldschmidt, son arrière-grand père puis, Coralie Goldschmidt, sa fille- ( et non Haas, nom de son « mari d’un seul jour », par lequel elle est classée au memorial). Petit essai de redonner à cette femme au moins un nom qu’elle pourrait reconnaître.  Coralie, je vous le disais hier, mentionnait « petite Anny » dans sa lettre à Drancy. Petite Anny qui avait 5 mois à cette époque et était là aujourd’hui avec nous, 70 ans après, dans la crypte du Memorial.

Nous pensons aux morts en route, à ceux qui sont morts en arrivant, dans le camp ou ensuite dans les marches de la mort, nous pensons aux survivants morts depuis, 851 sur les 853 déportéEs du convoi n°63. Aujourd’hui, nous pensons aussi aux 2 hommes dont le nom a été cité aujourd’hui, et qui sont toujours vivants.

Melanie

 

 

 

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