Lettre de Coralie, Drancy, le 16 décembre

Capture d’écran 2011-12-08 à 23.01.32Il y a 70 ans, Coralie et Benoît n’avaient plus de doute sur leur destination et leur départ.
Ma petite fille, on ne sait trop comment, parvint à écrire et faire sortir une lettre à des amis (j’avais écrit cousins, pas très convaincue, trouvant cela bizarre, vu que l’envoyer à des cousins était un risque. Dany a vérifié, c’est difficile à déchiffrer, mais c’est plus logique que ce soit à des amis, et probablement non juifs), lettre qui fut retranscrite à la main par ceux-ci probablement et se retrouva dans les archives de la famille. Une lettre qui reste pleine de mystère sur son parcours jusqu’à la famille. Ce qu’on sait, c’est que Sandrine était la seule qui se souvenait en avoir entendu parler par Nelly, dans les années 1990, alors qu’elle interrogeait sa grand-mère sur la guerre. Elle ne put oublier ce nom désignant leur destination tragique, Auschwitz : « le pays des mirabelles ». Elle ne demanda pas à ce moment là comment la lettre était arrivée là. Après la mort de Nelly, pour ses enfants, cette lettre sembla une découverte. Trop tard pour poser des questions.
Ce qu’on sait, c’est donc seulement ce que les mots, pas toujours faciles à déchiffrer, nous révèlent.

Coralie a écrit le 16, puisqu’elle dit  : « demain matin » et que le convoi n°63 partit de Bobigny le 17 au matin. On sent qu’elle sait très bien qu’elle doit protéger sa famille et ne pas écrire directement. Fort possible que le nazi Aloïs Brüner leur ait demandé de dénoncer les autres. On sent dans ses mots une double volonté, très émouvante, de mettre en garde les siens : « ne vous faites pas prendre », « cela suffit de nous », leur dit-elle, tout en essayant de les rassurer sur le sort qui leur est promis « il paraît qu’à part le travail, ce n’est pas si terrible ».

70 ans après, l’existence de cette lettre, les informations qu’elle contient, les derniers mots écrits certainement par Coralie et Benoît, l’espoir qu’elle tente de contenir malgré tout (« espérons à bientôt »), l’amour pour sa famille, nous laisse une boule dans la gorge.

DSCF7052« Mes chers amis,
Vous devez être étonnés de recevoir un mot d’ici de moi. Malheureusement papa et moi nous avons été pris , quand nous revenions de la campagne pour une heure. Heureusement que maman était restée chez petite Anny. Nous jouons vraiment de malchance , car nous sommes désignés à partir demain matin destination inconnue. D’après des …. Que l’on a de là-bas ce n’est pas si terrible. On a beaucoup exagéré à ce sujet, et je voudrais bien que vous tranquillisiez ma famille à notre égard, et que vous leur disiez de ne pas trop s’en faire ! Nous espérons les revoir bientôt. Mais surtout qu’ils prennent des précautions car cela suffit de nous deux. On dit que l’on nous conduira dans le pays des mirabelles et que là bas, sauf le travail, on n’est pas maltraité. Mais dans ce cas prenons patience, je vous embrasse vous et les vôtres très affectueusement. Veuillez transmettre toutes nos affections et nos tendresses à ma chère famille. Espérons à bientôt. Courage et bons baisers à tous les miens. Votre Coralie .
Meilleures amitiés et remerciements à vous
Votre Benoît

(Note de Melanie : quelques mots ajoutés par mon fils à la lettre de ma petite-nièce)

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