8 janvier : aux sources d’un lourd secret

Je republie mon article de l’an dernier, quand Sandrine avait retrouvé ma tombe à Mulhouse. Je fais quelques ajouts des rares découvertes depuis, en bleues.

Hier, c’était la date anniversaire de la naissance de ma soeur, Coralie.
Aujourd’hui, c’est celle de la naissance de mon fils, Benoît, et de notre petite-fille : Coralie nommée d’après sa grand-mère. C’est pour cela -et pour demain- que nous avons été au cimetière. Ce qui m’a permis, de retrouver ma tombe. La semaine dernière, je vous disais ne pas être sûre d’être enterrée là. Mais mon arrière-petit-fils Daniel a appelé le cimetière qui m’a retrouvé de suite. Sandrine est allée voir, et après un peu de recherche, a découvert cette tombe.

Benoît est né le 8 janvier 1868, à Sierentz, dont je vous ai déjà parlé. J’y avais été envoyée comme domestique, je travaillais chez Mme Dreyfus, veuve Ginzburger. C’est là qu’est né mon petit Benoît, sans père, il a donc reçu à la naissance mon nom : Benoît REH. J’étais jeune, j’avais à peine 20 ans. A cette époque, on ne se mariait pas tôt dans les familles juives. Les enfants naissaient quand les parents avaient plus de 25 ans, très souvent. Une des explications, c’était que la dot coûtait cher. Et que les garçons devaient travailler pour aider à la dot de leur soeur. Ainsi, eux-mêmes se mariaient rarement avant 30 ans.

Alors qui était le père de Benoît, vous demandez-vous ? Son père, c’est Rodolphe GOLDSCHMIDT, enterré à mes côtés au cimetière de Mulhouse.  Il est marqué : Melanie GOLDSCHMIDT-REH, née le 20 janvier 1848, décédée le 6 avril 1914. Et pour Rodolphe,  aujourd’hui : 27 août 1842, mort le 7 juillet 1919. Oui, j’ai bien lu 27 août 1842, vous pourrez le voir dans le diaporama ci-dessous. 27 août, c’est aussi la date de naissance de Sandrine…mais ce n’est pas ce que dit l’état-civil. Etrange…

Avec Rodolphe, nous nous sommes mariés en juillet 1872, le 16, et c’est à cette occasion qu’il a reconnu Benoît comme ayant été conçu ensemble. Il était boucher à Dornach (qui est aujourd’hui la banlieue de Mulhouse), et donc pas très loin de Sierentz.

Alors bien sûr, je vous entends déjà, et mon arrière-arrière-petite-fille ne se prive pas d’y penser. Qu’est-ce qui nous garantit que c’était bien vrai ? Que cet homme n’a pas fait simplement un geste noble en reconnaissant le petit, créant ainsi une nouvelle lignée?

Ne comptez pas sur moi pour vous dire la vérité. Déjà que Sandrine échafaude des tas d’hypothèses : j’avais 19 ans lorsque Benoît a été conçu, j’étais domestique. Toutes les autres femmes de la lignée, sont désignées « sans profession » dans tous les actes. Alors, est-ce que parce que j’étais domestique quand j’ai eu l’enfant, et pas encore « sans profession » ? La dame avait des fils, on peut donc imaginer que j’aurais cédé à l’un deux ? Les Goldschmidt seraient alors des Ginzburger ?

Ou m’a-t-on envoyé, comme l’imagine parfois mon arrière-arrière-petite-fille, loin de Reichshoffen (les Gintzburger-Dreyfus étaient d’importants marchands de chevaux, ils pouvaient avoir ainsi mis en contact), pour dissimuler une grossesse gênante ? (car ma soeur, Coralie, je m’en suis souvenue depuis, était bien, elle, domestique à Reichshoffen et pas à l’autre bout de l’Alsace. Et alors qu’elle l’était, elle avait eu un petit garçon, qui n’avait pas survécu, lui).

Qui, dans ce cas, était le père ? Celui qui était destiné à a soeur aînée, Coralie, qu’il devait épouser un an après la naissance de mon fils ? Ainsi, c’est Daniel, qui aurait donné naissance à Benoît, comme plus tard un autre Daniel donnerait naissance à un autre Benoît ? C’est une hypothèse, ni plus ni moins farfelue qu’une autre, que ces farfelus de psychogénéalogistes qui cherchent la petite bête dans les prénoms et les dates, pourraient valider… Nous verrons par la suite…si c’était le cas, Benoît, qui a ensuite épousé sa cousine Mathilde (voir arbre généalogique -), aurait aussi épousé sa demi-soeur…

En tout cas vous n’en aurez jamais la preuve, ça c’est certain… Ce que je vous laisse savoir, c’est que grâce à Rodolphe, reposent aujourd’hui à Mulhouse Melanie, et ses descendants : Benoît, Coralie, tous deux nés le 8 janvier, Robert, Théodore, Jules…car peu importe qu’il fut le père biologique, il fut son père et lui donna son nom.

Pourtant, c’est un lourd secret de famille, que Benoît connaissait probablement : il avait quatre ans et demie lors du mariage de ses parents, il a pu en avoir des souvenirs. Et, a minima, pour son mariage, il a dû consulter son extrait de naissance, où c’est expressément écrit.

Mes descendants, eux, Sandrine et son père Daniel, ne le savaient pas. Ils l’ont découvert il y a à peine dix ans, grâce aux recherches généalogiques de Daniel, qui a tout simplement demandé à la mairie de Sierentz son extrait de naissance, ouvrant une brèche dans un silence plus que centenaire…

Mais ce n’est pas tout ce que j’ai à vous dire sur Benoît, mon fils béni. Si j’étais au cimetière aujourd’hui, le jour de sa naissance, et pour retrouver ma tombe, c’était aussi parce que ce lieu fut sa demeure, même de son vivant… A l’entrée, il y a la maison du gardien du cimetière : dans les années 1920, c’est là que Benoît habitait avec Mathilde et ses enfants. Il était ministre officiant de la synagogue de Dornach, mais aussi gardien du cimetière. Fils de boucher, il avait été repéré à la synagogue pour sa belle voix, était devenu de cette façon le « kantor ». Il célébrait des bar-mitzvah, et ce jusque quand les années 20, tant que la synagogue de Dornach a eu son existence propre. C’était un homme très pieux, qui vécut mal le mariage de son fils aîné, Gaston, avec une femme non-juive, Suzanne. En tout, il eut 3 enfants. Et c’est Robert, né en 1902, qui fut le seul à donner à la famille une descendance.

Pour le reste de son histoire, je vous l’ai déjà contée ici et là. Lui aussi a une pierre tombale à Mulhouse, aux côtés de sa femme Mathilde et de sa fille Coralie. Mais son corps n’y a jamais été enterré, puisqu’il est mort aux confins de la barbarie humaine…

Melanie

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3 commentaires pour 8 janvier : aux sources d’un lourd secret

  1. danygold dit :

    Les découvertes sont comme les truites , rares et …au bleu pardon « en bleues » , féminisme oblige !

  2. tangakamanu dit :

    Bonjour : la moitié de ma famille est juive et, lorsque nous étions petits, constamment passait le disque avec cette chanson (que j’écris phonétiquement) aba nera nena, aba naqui nena, be-enisera… Pourrais-tu m’en communiquer le sens ? Nous n’avons pas été élevés dans la religion juive et personne ici ne parle hébreux. Merci. Lorsque je suis avec mes petits-enfants, je leur chante encore cet air.

  3. Benoît PETIT dit :

    très bel et émouvant hommage

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