6 décembre : massacre de Polytechnique, à Montréal

DSCF1330Aujourd’hui, billet « à quatre mains » de mon arrière-arrière-petite-fille et moi, tant l’évenement nous relie…

Le 6 décembre 1989, un homme jeune pénètre dans l’Ecole Polytechnique de Montréal armé, aligne tous étudiants dans une pièce et commence à tirer sur les femmes. 6 sont tuées sur le coup, 3 blessées. Il poursuit sa course meutrière et tue au total 14 femmes.

Marc Lépine, 25 ans, a été rejeté de l’Ecole Polytechnique. Il pense que c’est parce que les femmes ont le droit d’y entrer (je la fais courte, comme un fantôme, vous pouvez en savoir plus en lisant cet article : http://apps.facebook.com/theguardian/world/2012/dec/03/montreal-massacre-canadas-feminists-remember).

La presse parle de folie meurtrière. On tente de cacher sa lettre de suicide selon laquelle il a spécifiquement planifié d’éliminer les féministes « qui ont ruiné sa vie ». Pire, il cible en particulier les féministes radicales, dont il a sur lui une liste, des noms de celles qu’il faut éliminer.

Pas la peine d’en dire plus, c’est un crime type de la haine contre les femmes, issu de la propagande masculiniste qui fait alors rage au Canada.Et qui a des effets radicaux : dans ce contexte de haine, qui culpabilise ? Des féministes qui se sentent coupables (elles auraient attisé la haine ?), et du coup, pour certaines, se retrouvent réduites au silence.

C’est peut-être pour cela que je vous en parle aujourd’hui : parce qu’il y a toujours quelque chose qui commence par nous réduire au silence, nous les femmes, les victimes. Et il nous faut parfois si longtemps avant de pouvoir prendre la parole. Et même quand on la prend, nous écoute-t-on ? Là-bas, au Québec, les féministes commémorent cette date, ici aussi. Tous les ans, le réseau « Encore féministes » organise un rassemblement pour se souvenir. C’est ce soir à 19h, Place du Québec à Paris, en face de l’Eglise Saint-Germain des Prés.

Et il faut rappeler à cette occasion cette réalité qu’on voudrait nous faire ignorer : ce ne sont pas les féministes qui font la guerre des sexes, ce sont elles qui luttent contre la guerre qui nous est faite : « le machisme tue tous les jours, le féminisme n’a jamais tué personne » (B.Groult).

Melanie et Sandrine

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6 commentaires pour 6 décembre : massacre de Polytechnique, à Montréal

  1. A reblogué ceci sur michelcarriere and commented:
    Rien à ajouter sinon la peine que j’ai de voir combien des humains qui se prétendaient humanidtes pouvaient se comporter comme des brutes machistes et totalitaires.
    J’ai d’autant plus de peine que si dans les années post 1968 je n’avais pas eu la chance de rencontrer et dialoguer avec des féministes je serai probablement, moi aussi, devenu un macho violent et stupide !
    Amitiés humanistes, donc féministes, socialistes et libertaires.

  2. sandrine70 dit :

    A reblogué ceci sur A dire d'elles and commented:

    Article écrit à 4 mains avec mon arrière-arrière-grand-mère.

  3. La mère de Marc Lépine a écrit un livre:  » Vivre ». Il est très poignant, je vous le conseille vivement (elle y explique notamment l’enfance de Marc Lépine et l’horreur quand elle a appris que c’était son fils le tueur…)

  4. A. dit :

    je pense que les victimes, directes (les 14 assassinées) et indirectes (nous, visées en tant que femmes) doivent s’épargner au maximum les rationalisations et explications produites par le système agresseur. Parler de l’enfance des tueurs plutôt que de la vie brisées des victimes réelles et potentielles, voilà à quoi nous a mené plus de 50 ans de masculinisme forcené aux EU et au Canada.
    Si l’enfance maltraitée expliquait la violence masculine, la violence des femmes serait au moins 10 fois plus grande, car les femmes sont beaucoup plus victimes …. et si la mère castratrice expliquait leur haine des femmes, les femmes feraient des meurtres de masse d’hommes, car dans 98% des cas, leurs agresseurs (père, frère, cousin, conjoint, collègue) sont des hommes. Il faut se rendre à l’évidence, les explications psychologisantes sont fausses au plan sociologiques. Elles ne sont que la version subjectiviste des agresseurs (basée sur la légitimation des crimes, la banalisation des faits, le déni de la responsabilité, du sadisme et la préméditation, la déralisation des faits – pour laquelle la psychologisation est une méthode parfaite).
    Ce qui explique les actes des sexistes, c’est le sexisme : leur haine des femmes et l’impunité dont ils bénéficient.

    De plus, fournir encore des sources d’empathie aux femmes est totalement contraire à notre porpre survie et notre résistance. Rejeter l’oppresseur, le détester car il nous a fait mal est un pré-requis à la lutte. Le comprendre empêche cela. Or tout opprimé-e a droit à une certaine dose de haine, c’est vital, sinon elle se laisse mourir sous les coups de la haine de l’oppresseur. Les femmes sont interdites totalement de haïr les hommes. C’est un interdit encore plus fondamental que de haïr les blancs pour les Noirs pendant l’apartheid. De plus nous sommes complètement colonisées : nous sommes bombardées de savoir sur nos oppresseurs : les magazines féminins développent sur des kilomètres ce que veulent les hommes, comment il faut les satisfaire, se transformer voire se forcer pour eux ; les films et tout l’art écrit diffuse sans arrêt la version des agresseurs, la version des vainqueurs des histoires (la grande et les petites, celle des sciences ou des amours) ; les psy ont pour théorie celle de la psychologie masculine (sujet agissant et potent, agressif et ayant les moyens de sa conscience éclairée) et ajuste la psychologie des femmes aux exigences masculines qui découlent de leur statut de dominant (passivité, masochisme, ambivalence, etc.) …. bref, il n’existe nul espace culturel où les femmes puissent trouver la vérité sur l’histoire de l’humanité (une histoire de guerre totale, menée par les hommes, depuis des générations ; une histoire de résistantes immenses, célèbres ou non, guerrillères ou silencieuses) ; nul espace où trouver la vérité sur nous-mêmes (loin des insultes et des clichés sexistes sur la mère-castratrice et la putain-lascive, ce peuple d’âmes extraordinaires, ces âmes justes face au manipulateur qui spolie et ment encore, raisonnables face au manipulateur incohérent, courageuses face au lâche brutal, irréductibles face au tyran qui contrôle la moindre miette de vie) ; nul espace pour nous où trouver la vérité sur notre espoir (loin des solutions de désespoir que fabrique à la chaîne un patriarcat morbide et sadique, qui voue à la violence le plaisir et à la mort la lutte).
    Dans ce contexte, nous resservir un livre écrit « de l’intérieur » pour « nous faire comprendre » le meurtrier ne peut qu’obscurcir notre conscience du préjudice.

    Si cette femme témoigne des violences qu’il lui a fait subir (car il ne s’est pas réveillé à 25 ans misogyne), qu’elle parle. Si c’est pour nous parler de ses souffrances à lui, je ne veux pas l’entendre, ce n’est pas le moment, nous n’avons pas enterré nos mortes, il est indécent de pleurer sur l’un des coupables.
    je veux lire les livres des mères des victimes. Des mères des femmes que ce meurtrier a épuisées dans sa vie conjugal (car il est impossible qu’il n’ait pas été un conjoint violent). Et puis je veux lire des livres de féministes qui au quotidien vivent sous les menaces, de viol, de mort, de haine, de coups. Pas la peine de tourner les regards vers les pays officiellement en guerre. En France, elles existent. Un travail de mémoire. as seulement pour les mortes, mais aussi pour les vivantes. Et un peu de décence vis à vis des victimes que nous sommes.

    • Un si long post sur un livre que vous n’avez même pas lu…Je ne vais même pas me donner la peine de vous répondre. Les gens qui parlent sans connaissance m’énervent au plus haut point. Je reviendrai débattre avec vous quand vous l’aurez lu (donc probablement jamais si j’en crois votre discours…)

  5. à écouter :
    Montreal Speech, (43 min, 128 Kbps, mp3) 1991
    http://www.andreadworkin.com/audio/

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