5 février 1983 : Barbie arrêté, une histoire commence…

©S.G photo Hélène Epaud

Dans l’errance d’une fantôme, qui a vu toutes les vilénies dont les vivants sont capables, les jours où la justice -pas juste celle des prétoires- mais la justice tout court, remporte une victoire sont un peu moins douloureux que les autres.

Ainsi, il y a 29 ans, Klaus Barbie était extradé vers la France, grâce à la quête de Serge et Beate Klarsfeld. Cet homme symbolise les crimes commis contre l’humanité en France : il a torturé Jean Moulin (et bien d’autres), et est responsable de la déportation de 44 enfants juifs cachés, « les enfants d’Izieu ». Il était responsable de la Gestapo à Lyon, et couvrait une large zone, jusqu’à celle de Grenoble, où mon fils, ma nièce et leurs familles furent réfugié-es.

Pour en savoir plus sur lui et son procès voici un lien qui dit tout. Et si je vous en parle, c’est parce que si je suis là à vous raconter toutes ces histoires aujourd’hui, c’est parce que pour la mémoire de la Shoah en France, et au sein de ma famille, son procès a été crucial.

Ainsi, en 1987, le procès crée un débat en France et pousse les survivant-es à parler, et leurs enfants découvrent leur propre histoire. C’est en effet à cette occasion que mon arrière-arrière-petite-fille, à 16 ans, passionnée d’histoire et alors en terminale, prépare son baccalauréat à Nogent-sur-Marne. C’est à ce moment-là qu’autour de la table familiale, sa grand-mère Nelly, commence à raconter. Après des décennies de silence – les petits-enfants savaient tout juste que des membres de la famille étaient morts, la parole commence à se libérer. Dans ce foyer comme dans tant d’autres, il a fallu tout ce temps avant que cela soit possible. Et ce procès y a contribué…ne serait-ce que pour cela, il était indispensable…Barbie est condamné à la perpétuité début juillet 1987, trois jours avant les résulats du bac, où Sandrine a eu comme sujet d’histoire : résistance et collaboration en France pendant la seconde guerre mondiale).

Auparavant bien sûr, il y avait eu « Shoah », l’oeuvre monumentale de Claude Lanzmann. C’est en 1987 que ma descendance la découvre, ainsi que la persistance de l’antisémitisme « ordinaire ». A cette époque là, de retour à Lyon, le plus effrayant n’est pas tant les coups de fil demandant à parler à M. Gollnisch, mais plutôt l’anonyme qui réveille tout le monde à 4 heures du matin en traitant la famille, parce qu’elle s’appelle Goldschmidt, de « sales youpins ».

C’est sûrement cette année-là que des dybbuk ont pris forme, des peurs enfantines ont pris un sens, et que la voie s’est ouverte pour ma présence ici aujourd’hui…

Melanie

 

 

 

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2 commentaires pour 5 février 1983 : Barbie arrêté, une histoire commence…

  1. JEA dit :

    Lors de l’instruction du procès Barbie, Robert Badinter, ministre de la Justice, apprit que son propre père avait été victime du « boucher de Lyon » :
    http://motsaiques2.blogspot.com/2011/05/p-33-le-proces-barbie-souvre-le-11-mai.html

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