« N’oubliez pas que cela fût, non, n’oubliez pas »

Aujourd’hui je vous raconte à nouveau une histoire triste qui nous hante, mort-es et vivant-es, même si directement nous ne l’avons pas connue : celle de la Shoah. Aujourd’hui, parce que nous sommes le 27 janvier. Le 27 janvier 1945, il y a 67 ans, l’armée rouge entre dans le camp d’Auschwitz, en Pologne.

Mur des noms, Yad Vashem, Israël

Dans ce lieu dont l’entrée était surmontée de la mention funeste « arbeit macht frei » : le travail c’est la liberté, environ 1,5 million de personnes, dont plus des deux tiers juives sont mortes assassinées. Une grande partie fut exterminée dès l’arrivée dans les chambres à gaz. Les autres moururent de famine, violence, épuisement, inhumanité.

Aujourd’hui à Auschwitz, on peut lire : « Que ce lieu où les nazis ont assassiné un million et demi d’hommes, de femmes, d’enfants, en majorité des juifs de divers pays d’Europe, soit à jamais pour l’humanité un cri de désespoir et un avertissement ! »

Les témoignages des « libérateurs », à leur arrivée au camp, montrent le choc extrême de ce qu’ils ont vu. Eux, des militaires,  de l’armée soviétique, sont effrayés.Voici celui du général soviétique Petrenko, libérateur du camp d’Auschwitz, extrait de son livre Avant et après Auschwitz :

 » Des détenus émaciés, en vêtements rayés s’approchaient de nous et nous parlaient dans différentes langues. Même si j’avais vu bien des fois des hommes mourir au front, j’ai été frappé par ces prisonniers, transformés par la cruauté jamais vue des nazis, en véritables squelettes vivants. J’avais bien lu des tracts sur le traitement des juifs par les nazis, mais on y disait rien de l’extermination des enfants, des femmes et des vieillards. Ce n’est qu’à Auschwitz que j’ai appris le destin des juifs d’Europe. […]. Deux femmes se sont approchées de moi, m’ont embrassé. Ces gens pouvaient encore sourire, mais il y en avait qui ne pouvaient plus que tenir debout en silence : des squelettes vivants, pas des hommes. […] J’ai aussi vu des enfants… c’était un tableau terrible : ils avaient le ventre gonflé par la faim, les yeux vagues, des jambes très maigres, des bras comme des cordes et tout le reste ne semblait pas humain – comme si c’était cousu. Les gamins se taisaient et ne montraient que les numéros qu’on leur avait tatoué sur le bras. Ces gens n’avaient pas de larmes. J’ai vu comment ils essayaient de s’essuyer les yeux, mais ils restaient secs. « 

Auscwhitz fut le deuxième parmi les plus grands camps à être libérés. Il fallut attendre mai 1945, quelques jours avant la capitulation, pour que le dernier, Mauthausen, soit libéré.

Longtemps le monde n’a pas voulu voir ce qui s’était passé au « pays des mirabelles ». Et puis peu à peu, l’histoire a été dite, pour ne jamais oublier et que cela ne recommence jamais…malheureusement, l’humanité ne semble pas prête à voir sa capacité de destruction, d’elle même et de son environnement.

Des rares survivant-e-s, ont écrit sur Auschwitz. En premier lieu, Primo Levi, qui y est resté de décembre 1943 (il n’y a probablement jamais croisé Benoît et Coralie, qui ont été gazés à leur arrivée, mais qui sait, peut-être a-t-il vu leur convoi arriver ?) à janvier 1945. Il  a écrit ce poème, en introduction à son livre-témoignage : « Si c’est un homme ». Je lui laisse la parole.

 Vous qui vivez en toute quiétude

Bien au chaud dans vos maisons,

Vous qui trouvez le soir en rentrant

La table mise et des visages amis,

Considérez si c’est un homme

Que celui qui peine dans la boue,

Qui ne connaît pas de repos,

Qui se bat pour un quignon de pain,

Qui meurt pour un oui pour un non.

Considérez si c’est une femme

Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux

Et jusqu’à la force de se souvenir,

Les yeux vides et le sein froid

Comme une grenouille en hiver.

N’oubliez pas que cela fût,

Non, ne l’oubliez pas : Gravez ces mots dans votre cœur.

Pensez-y chez vous, dans la rue,

En vous couchant, en vous levant ;

Répétez les à vos enfants.

Ou que votre maison s’écroule,

Que la maladie vous accable,

Que vos enfants se détournent de vous.

Primo Levi

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4 commentaires pour « N’oubliez pas que cela fût, non, n’oubliez pas »

  1. JEA dit :

    Merci pour chacune de vos pages.
    Pour rappel (vous le savez mais répéter n’est pas toujours lourdingue) les images tournées par les Soviétiques et montrant leur arrivée à Auschwitz sont des reconstitutions. Pas des séquences authentiques.

  2. lida martinez dit :

    merci de ce blog;
    non, il ne faut pas l’oublier, jamais.
    lidia

  3. sandrine70 dit :

    A reblogué ceci sur A dire d'elles and commented:

    Voici ce que mon arrière-arrière-grand-mère avait écrit le 27 janvier l’an dernier

  4. emelire dit :

    Vers mes 10-11 ans, ma mère ramène 2 gros dicos sur la guerre. Comme j’aime lire, je feuillette. Je regarde les photos pleine page et j’avise une double page noir et blanc avec plein de corps nus et décharnés entassés dehors comme sur une remorque, en plein hiver. Je me dis « c’est une épidémie d’une maladie contagieuse c’est horrible ». Et là… je lis la légende et… l’horreur de comprendre que la méchanceté / haine / action de haine en groupe … humaine existait à cette échelle là aussi !!! J’ai toujours cette sensation de découverte de cette légende et de ce qu’elle signifiait, haine de groupe… horrible être humain

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