Melanie est-elle née le 20 janvier ? Le 21 ? Pas si simple…réflexions et sources généalogiques

Aujourd’hui, moi, Melanie, fantôme de plus de 163 ans, j’ai un problème. Cela fait bien longtemps qu’a eu lieu ma naissance, à Reichshoffen. En outre, comme a répondu avec sa subtilité et son esprit habituels mon arrière-petit-fils Daniel à un soldat allemand qui lui demandait où il était né, alors que la famille se cachait en Isère pendant la guerre, celui-ci a répondu : « je ne me souviens pas, j’étais trop petit ».

Comme moi aussi j’étais trop petite, je ne saurais vous dire la date de ma naissance. Et de fait, les traces écrites, qui sont là pour contredire les dybbuk et fantômes -ou plutôt pour préciser notre mémoire, ne sont pas toujours, elles non plus, des plus fiables. Ainsi, aujourd’hui, je ne sais pas -encore- vous dire la date de ma naissance avec certitude. Sur ma tombe, on lit 21 février. Dans mon esprit, c’était le 20 janvier et je vous en aurais parlé hier. Mais du coup, j’ai des doutes. j’ai bien essayé de regarder sur mon acte de mariage avec Rudolf, mais pour l’instant, je n’arrive pas à déchiffrer la date. D’autant plus que comme nous nous sommes mariés en 1872, tout est écrit en allemand, à la plume, ce qui ne facilite pas notre tâche.

Et pour l’instant, mon arrière-petite-fille n’a pas mon acte de naissance. J’espère qu’elle le trouvera bientôt dans les archives de Reichshoffen.

Bon, mais après tout, quelle nécessité de savoir au jour près ma naissance, me direz-vous ? Peut-être n’y en a-t-il pas. C’est juste que cela nous montre que l’écrit, pas plus que les fantômes, n’est une garantie contre l’oubli. Et qu’il faut, toujours, multiplier et croiser les sources avant de valider une information, comme dirait mon arrière-arrière-petite-fille.

Et cela me donne l’occasion de vous parler de cet « avantage » des juifs d’Alsace, d’avoir accès à beaucoup de données. Face au drame de la Shoah, en effet, c’est la mémoire de millions de familles qui a disparu. Et les survivant-es, aujourd’hui, ont souvent du mal à remonter le fil de leurs origines, aux sources de leurs fantômes.

C’est particulièrement le cas pour tous les survivants de la Shoah originaires de l’Europe de l’est. C’est moins le cas en France, pour plusieurs raisons.
Avec le magnifique travail de Serge Klarsfeld qui a réuni toutes les informations dans le livre mémorial de la déportation, avec l’existence du Memorial de la Shoah où l’on retrouve toutes ces informations, une bibliothèque et les fiches d’entrée au camp de Drancy.

C’est aussi dû à un statut particulier des juifs français, qui ont reçu les droits civiques en 1792.. En Alsace, il y a énormément de traces de la présence juive, depuis le moyen-âge, et ce site extraordinairement riche en informations. Et aussi et surtout, Napoléon Bonaparte prend un décret impérial en juillet 1808 qui oblige les juifs de France à se présenter en mairie et à adopter un patronyme. Dès lors, ils seront systématiquement déclarés à l’état civil, ce qui n’était pas le cas auparavant. Un ouvrage est disponible au Cercle de généalogie juive, dans lequel on retrouve toutes les déclarations faites en mairie à ce moment là. C’est une mine d’informations, qui donne les membres de la famille, leur statut marital, leur âge…

C’est à ce moment là que sont donc choisis les noms de famille qu’on connaît aujourd’hui. Des noms de métier (Schumacher, par ex…), des noms des tribus d’Israël (Levy, Cohen…) et souvent aussi, des noms d’animaux (pourquoi ? je ne sais pas). Ainsi, Il y a des Wolff, Ber, Haas et…Reh. Reh, cela veut dire Cerf, je vous l’ai déjà dit. Pour mettre un peu de poésie, je dirai que c’est parce que Reichshoffen est dans le sud du Parc naturel régional des Vosges du Nord, et que peut-être les cerfs y étaient familiers…

Mais les sources ne s’arrêtent pas là. Quand on ne sait pas où est né-e un-e ancêtre, en effet, il n’est pas toujours facile de trouver son acte de naissance. Alors comment faire ? Tout au long du 19ème siècle, il y eût plusieurs recensements des juifs d’Alsace (il y en eût d’ailleurs un avant, en 1784). L’un d’eux, a permis à Sandrine de découvrir que Daniel Reh, le mari de ma soeur, était présent en 1850 avec ses parents Simon et Rebecca à Reichshoffen alors qu’il ne l’étaient pas 20 ans plus tôt. Ce qui donne une idée de l’époque de leur installation dans la commune.

Malgré tout cela, et alors que j’ai retrouvé ma tombe qui dit que je suis née le 21 février, il me faudra encore quelques semaines, avant d’espérer pouvoir vous dire avec certitude ma date de naissance…

Melanie

Publicités
Cet article, publié dans Déportation, généaogie, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Melanie est-elle née le 20 janvier ? Le 21 ? Pas si simple…réflexions et sources généalogiques

  1. danygold dit :

    L’acte de mariage précise 21 Januar le tout en script gothique du plus bel effet.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s