Que serions-nous…sans Internet ?

Nous, les fantômes, les êtres imaginaires, les mémoires, les souvenirs, comment sortir des corps de nos descendant-e-s et pouvoir nous exprimer ? D’abord, il y eût le miracle de notre larynx, trop bas*, qui nous permit d’avoir la parole. Le langage. Il y eût aussi cette étroitesse du bassin des femelles humaines, qui obligea les bébés humains à naître très prématuré-es, le cerveau loin d’être terminé, et donc d’une plasticité exceptionnelle : qui fait que l’être humain, n’en déplaise à certain-e-s, est bien mal programmé, et donc bien plus “libre” par rapport à ses gènes : beaucoup plus influençable par l’environnement.

Ensuite, il y eût l’écriture. Comme dit Semprun à propos des survivants des camps, mais c’est vrai pour toute l’humanité : c’est “l’écriture ou la vie”. L’écriture, qui conserve notre histoire, qui consigne des vérités -mais parfois aussi des mensonges. L’écriture, qui fait que nous retrouvons trace de nos ancêtres. Et de nous-mêmes. Ainsi, sur ma tombe, il y a deux erreurs gravées : les dates de naissance de Rodolphe et moi. La mienne, on lit 21 février, celle de Rodolphe, 27 août. Ce que les actes de naissance viennent contredire (voir ci-dessous).

Et il y eût internet, qui me permet d’exister, d’être là et de vous raconter, et qui nous évite bien des difficultés et des trajets : ainsi, tous les actes de naissance, de décès, les inscriptions des noms des juifs, des actes de mariage, des tables décennales du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, sont disponibles sur les sites des archives de ces départements. C’est juste incroyable. Avant, il fallait écrire, aller dans les communes, aujourd’hui, en quelques clics, on retrouve l’acte de naissance d’un ancêtre né en 1810…

Ainsi Eliass Goldschmidt, le père de Rodolphe, que j’ai épousé, et qui a reconnu mon petit Benoît.

Ou encore, en quelques clics, on retrouve qu’à Reichshoffen, Joachim Reh, mon arrière-grand-père, est allé déclarer en mairie que lui, sa femme et ses enfants, adoptaient le nom de REH. D’où nous descendîmes.

Alors bien sûr, ceci n’est possible, pour les juifs, que depuis 1808 et l’obligation donnée par Napoléon qu’ils soient inscrit-e-s à l’état civil. Et jusqu’en 1893, puisque pour les dates ultérieures, les données ne sont pas en accès libre (pour cause probablement de confidentialité).
Ainsi, je ne peux retrouver sur Internet mon acte de décès ni celui de Coralie. Pour cela, il faut encore faire le déplacement.

Mais pour en revenir à ma date de naissance et à celle de mon mari, jusqu’à il y a peu, je croyais que peut-être j’étais née le 21 février. Grâce à l’écriture, et à Internet, je sais désormais que je suis née le 21 janvier, et Rodolphe le 22 septembre. Je sais aussi qu’un des fils de la veuve chez qui j’étais domestique, Salomon Gintzburger, est né à Sierentz en 1847. Il avait deux mois de plus que moi. De là à en conclure qu’il est la vraie origine de la famille, cela, Internet, ni l’écriture ne permettent de l’affirmer...

Néanmoins, il y a là une philosophie extraordinaire : comment l’être humain, grâce à deux anomalies : sa naissance prématurée et son larynx bas placé (qui l’empêche de respirer et boire en même temps, contrairement aux autres primates), a fini, grâce à des découvertes scientifiques, et internet, à réduire le temps et l’espace qui nous séparent de nos ancêtres…

tout en laissant encore de la place au mystère…et au “thrill”, le frisson de l’enquête…

Melanie

*les autres grands primates, qui ont le larynx plus haut, n’ont pas la capacité de parole. En revanche, ils peuvent bboire et respirer en même temps.

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Ma lettre aux candidat-e-s

Cher candidat, chère candidate. Je m’appelle Melanie, je suis née en 1848 à Reichshoffen, à quelques kilomètres de la frontière allemande. J’ai vécu jusqu’en 1914, je suis morte juste avant la première guerre mondiale. Les deux grandes fractures européennes du XXème siècle m’ont été épargnées.
Pourtant, j’ai connu des périodes sombres. Je suis née en France, morte en Allemagne, et  sans même avoir passé la frontière…mes parents et grands-parents ont connu ce que c’est de ne pas être citoyen et de ne pas avoir le droit de vivre dans telle ou  telle ville parce qu’on était juifs, ils ont connu ensuite ce que c’est d’avoir enfin un statut de citoyen et une reconnaissance civile. Mes descendants ont ensuite connu ce que c’est de perdre ce statut et de subir des lois d’exception, votées par des Français pendant le régime de Vichy. Et de devoir se cacher dans son propre pays, certains ont été dénoncés, déportés, assassinés. Des Français les ont persécutés, d’autres au contraire les ont aidé, secourus ou cachés.
Je suis née en janvier 1848 : j’ai de mon vivant connu la monarchie de Louis-Philippe, la seconde République, le second empire, et le Reich. Après ma mort, comme dybbuk auprès de mes ancêtres, j’ai vu passer la 3ème république, le 3ème Reich, Vichy, la 4ème et la Vème République. Autant dire que j’en ai vu passer, des régimes politiques.
La première chose que je vous demande donc aujourd’hui, c’est de redonner tout son sens à  la République. Sandrine, mon arrière-arrière-petite-fille, pense qu’il en faut une VIème avec un Président qui prend moins de place et devient une sorte de roi élu. Moi je ne sais pas, s’il faut toujours changer de régime…mais je sais qu’aujourd’hui, la France est dans une des phases de son histoire où elle est en danger.
Parce que l’intensité de la crise s’associe au besoin de bouc émissaire. Les uns font porter le chapeau aux étrangers, aux musulmans, aux juifs, aux Roms ou aux Roumains…certains même aux féministes…d’ autres tombent dans un repli identitaire défensif ou communautariste.

Je vous demande donc de réaffirmer votre attachement à l’article 1* de la Vème République en abrogeant toutes les lois qui le mettent à mal, en offrant le droit d’asile à celles et ceux qui en ont besoin, en traitant humainement toutes les personnes étrangères qui se retrouvent en France pour une raison ou une autre, en donnant les mêmes droits aux gays, lesbiennes et trans qu’aux autres, en adoptant une volonté politique capable d’assurer l’égalité entre les femmes et les hommes.

Ce qui me mène au deuxième chapitre de ma lettre : l’égalité entre les femmes et les hommes. Je vous ai parlé des régimes politiques sous lesquels j’ai vécu, pas de ma vie quotidienne. En tant que femme, troisième née d’une famille juive alsacienne, j’ai connu des périodes difficiles. J’ai été enceinte à 19 ans hors mariage, et mon fils Benoît est né alors que j’étais domestique à Sierentz, dans le Haut-Rhin.

Domestique, c’était assez courant à l’époque. Avoir un enfant “naturel” à ce moment-là, aussi. Le viol par les “maîtres”, jamais reconnu, existait. L’inceste aussi. Premières causes de naissances d’enfants naturels…mais la victime, c’était la coupable, déjà. Et c’était très dur.

Etre éloignée de sa famille, devoir l’élever seule pendant 4 ans, avant que Rodolphe ne m’épouse et reconnaisse Benoît. J’ai eu 4 autres enfants et une vie difficile.

Heureusement, depuis que j’ai vécu cela, beaucoup de choses ont évolué dans le bon sens. Des femmes peuvent être indépendantes, avoir des enfants seules sans déshonneur, bénéficier de la contraception ou de l’avortement. Il arrive même qu’elles puissent accéder à des postes de responsabilité, elles ont le droit de vote -dame !  je ne l’ai jamais eu, et peuvent même faire la guerre. Alors, est-ce que pour autant la soumission des femmes a disparu ? Est-ce qu’elles sont plus en sécurité ? Est-ce qu’elles sont libres de mener leur vie comme elles l’entendent ? Est-ce qu’enfin c’en est fini de l’exploitation de leur temps domestique ? Aussi incroyable que cela puisse paraître, rien de tout cela n’est aujourd’hui acquis.
Pire, il y a même de nouvelles domestiques, des femmes employées dans des conditions catastrophiques et sans perspectives d’avenir surtout si ce sont des femmes immigrées. Il y a toujours des dizaines de milliers de femmes violées, battues, humiliées, empêchées de vivre. Les femmes sont moins payées, et alors qu’elles vivent plus longtemps, leur retraite est très faible : 40% de moins que celle des hommes : une armée de femmes pauvres.

Du haut de mes 164 ans, jem’interroge : la sociétépeut-elle avoir un avenir et trouver des solutions aux crises qu’elle traverse si une classe/catégorie/partie aussi grande que celle des femmes, qui constituent plus de la moitié de la population, n’a pas la possibilité de disposer pleinement de ses droits de citoyennes ? Si, au travers de la violence, on continue, par la violence faites aux enfants, à armer les futurs bourreaux et les futures victimes ? Si on continue à protéger les agresseurs, par une organisation de la société qui les favorisent ?

Vous pouvez mettre fin à tout cela, avant qu’on courre à une catastrophe. Ce n’est pas un problème d’argent, car l’égalité et le progrès humain, ça ne coûte pas d’argent, bien au contraire. Le développement des individu-es vers ce qu’ils ou elles souhaitent devenir, c’est la seule façon d’éviter l’auto-destruction de la société, et cela s’obtient par une volonté collective forte, émanant du peuple. Cela s’obtient, tout simplement, avec de la volonté politique.

*son article 1 :
« La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée.
La loi favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives, ainsi qu’aux responsabilités professionnelles et sociales. »

 

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Mortelle Saint-Valentin !

Pour tout le monde, la quinzaine qui précède le 14 février, c’est une litanie d’âneries commerciales auxquelles les couples – surtout jeunes- se sentent obligés de participer…

Mais savez vous que la Saint-Valentin n’est pas seulement d’un mortel ennui ? Elle est aussi un jour de triste mémoire, de plusieurs massacres, et en particulier du plus grand pogrom du moyen-âge : massacre de 2000 juifs de Strasbourg, brûlé-es vif-ves au cimetière ?

Voici comment l’événement est relaté dans “l’histoire des juifs de Strasbourg” par le rabbin Max Warschawski :

“Le samedi 14 février 1349, jour de la Saint-Valentin, on cerna le quartier juif. Tous ses habitants furent traînés par la foule au cimetière de la communauté, où on les entassa sur un immense bûcher. Deux mille Juifs furent brûlés vifs. Seuls échappèrent un certain nombre d’enfants et quelques adultes qui abjurèrent leur foi. Les biens des suppliciés furent partagés entre les bourgeois, l’évêque et la municipalité. Les créances furent détruites et certains gages rendus à leurs propriétaires qui habitaient hors de Strasbourg”.

[...]

“L’Empereur Charles IV, après avoir menacé la ville de représailles pour avoir osé massacrer ses Juifs, lui accorda, quelques mois plus tard, son pardon. Un arrêté fut pris par le Magistrat, qui interdit pour deux cents ans toute admission de Juifs dans la ville, et dans les possessions de Strasbourg”.

Quelques semaines après le massacre, la peste atteignait la capitale bas-rhinoise.

La plupart des historiens et chroniqueurs, en rapportant l’épisode du “Judenbrand“, n’hésitent pas à en attribuer la responsabilité à la cupidité des bourgeois de Strasbourg, désireux de s’approprier les biens des Juifs, ou de se libérer des dettes qu’ils avaient contractées envers les membres de la communauté.

Expulsés de la ville, les juifs s’établirent en général dans les villages avoisinants, principalement à Bischheim, Lingolsheim et Wolfisheim.

“Le départ des Juifs de Strasbourg semble avoir été très précipité, car ils durent abandonner de nombreux biens, parmi lesquels se trouvaient également des objets du culte. C’est ainsi que la Bibliothèque municipale posséda, jusqu’en 1870, des manuscrits hébraïques provenant de la communauté primitive, et quelques ornements synagogaux. Ces documents furent détruits lors de l’incendie qui ravagea la bibliothèque”.

Le massacre de la Saint-Valentin n’est pas un cas isolé. Depuis les débuts de la peste, dans le Saint-Empire, les juifs étaient victimes de massacres.

Certain-es disent que les juifs mouraient moins de la peste, parce que leurs règles d’hygiène très strictes, auraient limité la contagion. On peut, avant tout attribuer ce déchaînement de haine à une sale et honteuse humaine habitude : celle de désigner les juifs comme responsables des malheurs du monde…

Melanie

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5 février 1983 : Barbie arrêté, une histoire commence…

©S.G photo Hélène Epaud

Dans l’errance d’une fantôme, qui a vu toutes les vilénies dont les vivants sont capables, les jours où la justice -pas juste celle des prétoires- mais la justice tout court, remporte une victoire sont un peu moins douloureux que les autres.

Ainsi, il y a 29 ans, Klaus Barbie était extradé vers la France, grâce à la quête de Serge et Beate Klarsfeld. Cet homme symbolise les crimes commis contre l’humanité en France : il a torturé Jean Moulin (et bien d’autres), et est responsable de la déportation de 44 enfants juifs cachés, “les enfants d’Izieu”. Il était responsable de la Gestapo à Lyon, et couvrait une large zone, jusqu’à celle de Grenoble, où mon fils, ma nièce et leurs familles furent réfugié-es.

Pour en savoir plus sur lui et son procès voici un lien qui dit tout. Et si je vous en parle, c’est parce que si je suis là à vous raconter toutes ces histoires aujourd’hui, c’est parce que pour la mémoire de la Shoah en France, et au sein de ma famille, son procès a été crucial.

Ainsi, en 1987, le procès crée un débat en France et pousse les survivant-es à parler, et leurs enfants découvrent leur propre histoire. C’est en effet à cette occasion que mon arrière-arrière-petite-fille, à 16 ans, passionnée d’histoire et alors en terminale, prépare son baccalauréat à Nogent-sur-Marne. C’est à ce moment-là qu’autour de la table familiale, sa grand-mère Nelly, commence à raconter. Après des décennies de silence – les petits-enfants savaient tout juste que des membres de la famille étaient morts, la parole commence à se libérer. Dans ce foyer comme dans tant d’autres, il a fallu tout ce temps avant que cela soit possible. Et ce procès y a contribué…ne serait-ce que pour cela, il était indispensable…Barbie est condamné à la perpétuité début juillet 1987, trois jours avant les résulats du bac, où Sandrine a eu comme sujet d’histoire : résistance et collaboration en France pendant la seconde guerre mondiale).

Auparavant bien sûr, il y avait eu “Shoah”, l’oeuvre monumentale de Claude Lanzmann. C’est en 1987 que ma descendance la découvre, ainsi que la persistance de l’antisémitisme “ordinaire”. A cette époque là, de retour à Lyon, le plus effrayant n’est pas tant les coups de fil demandant à parler à M. Gollnisch, mais plutôt l’anonyme qui réveille tout le monde à 4 heures du matin en traitant la famille, parce qu’elle s’appelle Goldschmidt, de “sales youpins”.

C’est sûrement cette année-là que des dybbuk ont pris forme, des peurs enfantines ont pris un sens, et que la voie s’est ouverte pour ma présence ici aujourd’hui…

Melanie

 

 

 

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Ilona, ma mère et moi : la famille Basch

Merci Violette…and co. La librairie féministe de Paris m’offre demain la possibilité de rencontrer Françoise Basch, enfant cachée pendant la guerre, qui vécut à Lyon, et chez ses grands-parents, Ilona et Victor, assassinés en 1944 par la milice.

Victor Basch, son grand-père, est très connu. Fondateur de la ligue des droits de l’Homme et du citoyen,  dreyfusard, actif contre l’extrême droite, engagé auprès des Républicains espagnols, il est inquiété dès le début de l’occupation. Il est arrêté en janvier 1944, assassiné de plusieurs coups de feu, tout comme sa femmes Ilona (Hélène en français), qui a refusé de le laisser arrêter seul.

Sur le corps de Victor Basch, sera retrouvé un écriteau laissé par les miliciens sur lequel était inscrit : « le juif paie toujours ».

Mais c’est donc d’Ilona et de sa fille Marianne, (“ma mère pour Françoise Basch), dont il sera question demain soir à Violette and co : voici la présentation de la soirée :

“Dans ce livre voulu en hommage aux « héroïnes ordinaires » que furent Marianne et Ilona, elle puise dans les correspondances familiales et dans ses propres souvenirs d’enfance pour préciser les rôles nouveaux assumés par les femmes en temps de guerre. Ce récit en partie autobiographique revient aussi sur la complexité du rapport personnel à la judéité.

Auteur de plusieurs ouvrages sur l’histoire des femmes et d’une biographie de Victor Basch, Françoise Basch travaille depuis 2006 à ce récit autobiographique dédié à sa mère.

Ilona, ma mère et moi est publié aux éditions iXe, collection fonctions dérivées”.

Un rendez-vous que mon arrière-arrière-petite fille et moi ne saurions manquer…

Melanie

102, rue de Charonne, Paris 11ème métro charonne, à 19h

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30 janvier 1933 : un cauchemar à méditer

Journal allemand du 28 février, au lendemain de l'incendie

J’ai connu la guerre de 1870. Mais je suis morte juste avant celle de 1914. J’ai donc échappé aux deux grandes fractures européennes des guerres mondiales.

Pourtant, mon âme errante a vu arriver l’impensable. Et aujourd’hui, je pense à ce jour funeste où la droite nationaliste allemande s’est alliée à l’impensable. Le 30 janvier 1933, en Allemagne, le maréchal Von Hindenburg, héros de la “grande guerre”, et Président de la République, appelle Adolf Hitler à la chancellerie. Le NSDAP, le parti national-socialiste, ou parti nazi, est pourtant en perte de vitesse : il a fait 33%  aux dernières législatives, contre 37% aux précédentes, 6 mois plus tôt.

Sa nomination est le fruit de tractations et d’une inconscience totale du danger nazi, face au spectre du danger communiste (et bien d’autres choses). La droite croit qu’Hitler n’est pas dangereux et sera maîtrisable, il n’a pas de majorité au Parlement et il n’y a que 3 nazis dans son équipe. C’est lui pourtant qui en quelques mois à peine va transformer la République en dictature.

Il dissout le Reichstag, convoque des élections pour mars. Pendant ce temps, la SA, milice du parti nazi, commet une cinquantaine d’assassinats de membres de l’opposition.

Son objectif est de convaincre que le danger communiste est là. Il ne recule devant aucun moyen dont une descente au Parti communiste et…

L’incendie du Reichstag, que certains imputent au parti nazi lui-même, dans la nuit du 27 au 28 février, sonne le glas de la République et le début de la folie répressive.
Dès le 28, Hindenburg signe un décret qui met fin aux libertés individuelles et lance la chasse aux communistes (4000 arrestations dont celle du chef du parti). C’est pour les tuer et les mettre à l’écart que seront ouverts, dès 1933, les premiers camps de concentration.

Le parti de Hitler n’a donc jamais eu besoin d’avoir la majorité aux élections pour transformer l’Allemagne en pays de la folie meurtrière et du génocide.

Ils n’étaient que 3, au départ, dans le gouvernement.
En ces sombres périodes, c’est à méditer…

Melanie

 

 

 

 

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“N’oubliez pas que cela fût, non, n’oubliez pas”

Aujourd’hui je vous raconte à nouveau une histoire triste qui nous hante, mort-es et vivant-es, même si directement nous ne l’avons pas connue : celle de la Shoah. Aujourd’hui, parce que nous sommes le 27 janvier. Le 27 janvier 1945, il y a 67 ans, l’armée rouge entre dans le camp d’Auschwitz, en Pologne.

Mur des noms, Yad Vashem, Israël

Dans ce lieu dont l’entrée était surmontée de la mention funeste “arbeit macht frei” : le travail c’est la liberté, environ 1,5 million de personnes, dont plus des deux tiers juives sont mortes assassinées. Une grande partie fut exterminée dès l’arrivée dans les chambres à gaz. Les autres moururent de famine, violence, épuisement, inhumanité.

Aujourd’hui à Auschwitz, on peut lire : « Que ce lieu où les nazis ont assassiné un million et demi d’hommes, de femmes, d’enfants, en majorité des juifs de divers pays d’Europe, soit à jamais pour l’humanité un cri de désespoir et un avertissement ! »

Les témoignages des “libérateurs”, à leur arrivée au camp, montrent le choc extrême de ce qu’ils ont vu. Eux, des militaires,  de l’armée soviétique, sont effrayés.Voici celui du général soviétique Petrenko, libérateur du camp d’Auschwitz, extrait de son livre Avant et après Auschwitz :

” Des détenus émaciés, en vêtements rayés s’approchaient de nous et nous parlaient dans différentes langues. Même si j’avais vu bien des fois des hommes mourir au front, j’ai été frappé par ces prisonniers, transformés par la cruauté jamais vue des nazis, en véritables squelettes vivants. J’avais bien lu des tracts sur le traitement des juifs par les nazis, mais on y disait rien de l’extermination des enfants, des femmes et des vieillards. Ce n’est qu’à Auschwitz que j’ai appris le destin des juifs d’Europe. […]. Deux femmes se sont approchées de moi, m’ont embrassé. Ces gens pouvaient encore sourire, mais il y en avait qui ne pouvaient plus que tenir debout en silence : des squelettes vivants, pas des hommes. […] J’ai aussi vu des enfants… c’était un tableau terrible : ils avaient le ventre gonflé par la faim, les yeux vagues, des jambes très maigres, des bras comme des cordes et tout le reste ne semblait pas humain – comme si c’était cousu. Les gamins se taisaient et ne montraient que les numéros qu’on leur avait tatoué sur le bras. Ces gens n’avaient pas de larmes. J’ai vu comment ils essayaient de s’essuyer les yeux, mais ils restaient secs. “

Auscwhitz fut le deuxième parmi les plus grands camps à être libérés. Il fallut attendre mai 1945, quelques jours avant la capitulation, pour que le dernier, Mauthausen, soit libéré.

Longtemps le monde n’a pas voulu voir ce qui s’était passé au “pays des mirabelles”. Et puis peu à peu, l’histoire a été dite, pour ne jamais oublier et que cela ne recommence jamais…malheureusement, l’humanité ne semble pas prête à voir sa capacité de destruction, d’elle même et de son environnement.

Des rares survivant-e-s, ont écrit sur Auschwitz. En premier lieu, Primo Levi, qui y est resté de décembre 1943 (il n’y a probablement jamais croisé Benoît et Coralie, qui ont été gazés à leur arrivée, mais qui sait, peut-être a-t-il vu leur convoi arriver ?) à janvier 1945. Il  a écrit ce poème, en introduction à son livre-témoignage : “Si c’est un homme”. Je lui laisse la parole.

 Vous qui vivez en toute quiétude

Bien au chaud dans vos maisons,

Vous qui trouvez le soir en rentrant

La table mise et des visages amis,

Considérez si c’est un homme

Que celui qui peine dans la boue,

Qui ne connaît pas de repos,

Qui se bat pour un quignon de pain,

Qui meurt pour un oui pour un non.

Considérez si c’est une femme

Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux

Et jusqu’à la force de se souvenir,

Les yeux vides et le sein froid

Comme une grenouille en hiver.

N’oubliez pas que cela fût,

Non, ne l’oubliez pas : Gravez ces mots dans votre cœur.

Pensez-y chez vous, dans la rue,

En vous couchant, en vous levant ;

Répétez les à vos enfants.

Ou que votre maison s’écroule,

Que la maladie vous accable,

Que vos enfants se détournent de vous.

Primo Levi

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